
Gaspar Noé, c’est d’abord une rumeur, un parfum de scandale, une odeur de soufre qui précède la sortie de chacun de ses films depuis Carne. Des errances du boucher nihiliste de Seul contre tous à la longue remontée vers la lumière d’Irréversible son travail suscite, au choix, émotions, rejets violents, louanges fascinés ou regards circonspects. Pourtant, le bonhomme au look de gaucho-punk, volontiers discret et avare de ses propos, n’affiche qu’une ambition : "faire des films atypiques" quitte à, parfois, frôler la banqueroute. Raison de plus pour éclairer vos lanternes sur celui qui propose cette semaine, et en anglais dans le texte, Enter the void.
L’art de Noé
Si on s’en tient aux reproches largement répandus autour du cinéma de Noé, le garçon ne serait rien de plus qu’un provocateur arty. Il n’en reste pas moins que ce fils d’un peintre argentin, est doté d’une authentique ambition esthétique, incarnée notamment par son choix quasiment systématique du format Scope et ses partis pris chromatiques très marqués (les ocres de Carne et Seul contre tous, les rouges et verts saturés d’Irréversible).
Cet intérêt pour les matériaux visuels et sonores, associé à une recherche du moindre coût de tournage, l’amènent ainsi à soutenir et à collaborer avec Thierry Tronchet, technicien inventeur du Scope 16mm, format que Gaspar Noé utilise sur le diptyque du boucher, Carne et Seul contre tous. Avec cette image au grain tout à fait particulier, il s’affirme comme un formaliste novateur et récolte quelques prix, notamment lors des Semaines de la critique cannoise en 1991 et 1998.
Ire réversible
Le cinéma de Noé ne s’embarrasse pas de politesse envers le spectateur. Il rentre dans le vif du sujet, secoue et ne refuse pas une certaine ambiguïté dans le discours. Toutes choses qui ont motivé des réactions violentes et tout à fait antagonistes à l’égard de ces films. Seul contre tous ? Charge nauséeuse et fascisante pour les uns ; brûlot intense et vertigineux pour les autres. Irréversible et sa scène de viol de 9 minutes ? Incroyable ou irrespirable, c’est selon.
Projeté à Cannes en 2009, Enter the void, un projet vieux de 12 ans, ne déroge pas à la règle. Le trip hypnotique d’une âme errante dans Tokyo a encore fait son petit effet, notamment pour des ébats filmés en plan subjectif (dispositif auquel le film a, en partie, recours). Huit ans et quelques courts-métrages (un segment du film Destricted, un clip pour le groupe Placebo, etc.) après Irréversible, Noé est donc attendu au tournant. À moins que la montagne n’accouche d’une souris.
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