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Portrait : Werner Herzog, l’arpenteur


par Romain Carlioz, lundi 15 mars 2010

Portrait : Werner Herzog, l’arpenteur
Sorti de l'ornière du nouveau cinéma allemand, au début des années 70, à coups de fresques hallucinantes et hallucinées (Aguirre, la colère de Dieu, Fitzcarraldo), Werner Herzog arpente le 7e art à pied, avec un credo simple : filmer au plus près la folie et la démesure. Un voyage, cent escales.

La légende veut que Werner Herzog ait, dès son plus jeune âge, nourri une passion dévorante pour la marche et que, le jour de 1974 où il apprit que son amie Lotte Eisner était mourante, à Paris, il parcourut les 685 kilomètres qui séparent Munich de la capitale française à pied, seul et en 22 jours. Pour sidérant que soit ce récit (publié par le cinéaste lui-même, en 1996, sous le titre Sur le chemin des glaces), il éclaire d’une lumière scintillante l’œuvre de l’auteur du récent Bad Lieutenant, escale à la Nouvelle-Orléans. Le cinéma de Werner Herzog est un long périple aux confins de l’humanité, de ses limites physiques et morales. C’est l’histoire d’un homme qui tente de se mesurer à la Création quitte, pour cela, à frôler la folie. C’est un voyage où chaque film fait office d’ébouriffante escale. En voici une (brève) traversée.

So close, Kinski
Herzog n’aime ni l’analyse, ni les discours théoriques. Autodidacte, rêveur habité, il passe les premières années de sa vie isolé, sans entendre une note de musique ou voir une image. Ceci expliquant peut-être cela, ses premiers films sont financés sur ses propres fonds, l’indépendance n’ayant visiblement pas de prix. Surtout : l’allemand aime les acteurs excessifs, capable de soutenir la ferveur qu’il met dans ses projets.

Klaus Kinski fait partie de ceux-là. Ensemble, les deux hommes tournent quelques-uns des films les plus étonnants des années 70, du messianique Aguirre (1972) au projet fou de Fitzcarraldo (1982). Si la collaboration ne va pas sans heurts légendaires (l’acteur étant coutumier des crises d’hystérie), cette première partie de l’œuvre permet à Herzog d’acquérir une stature internationale et de s’émanciper de l’écurie "nouveau cinéma allemand" dans laquelle on l’a, un peu trop vite, enfermé.

Des escales, des mesures
La suite – comme les débuts – est marquée du sceau du voyage et de la démesure. L’Allemand tourne partout dans le monde avec le même souci de filmer des êtres dont le point commun est leur folle ambition. Pour cela, Herzog passe par la fiction (Cobra Verde) mais aussi par des documentaires comme Ennemis intimes et Grizzly man, deux films qui permettent la redécouverte de son travail après une brève éclipse.

Depuis 1995, l’infatigable arpenteur a rejoint sa troisième femme, à Los Angeles. Cette escale en Californie a ouvert la voie à un nouveau mouvement de son œuvre, ancré dans le cinéma américain et ses genres phares. Bad Lieutenant, escale à la Nouvelle-Orléans en est le produit. Faux remake (Herzog a toujours nié tout lien avec le film de Ferrara) et vrai exploration du Mal absolu, une chose est sûre : il replace pour de bon le long allemand à la voix douce et traînante au centre de l’échiquier du cinéma contemporain.


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