
La critique revient avec une régularité de métronome : la sélection officielle de Cannes n’est plus un lieu où s’affichent les nouveaux talents, mais un "club" où on retrouve trop souvent les mêmes noms. 2010 n’a guère changé la donne, car entre les deux palmés Abbas Kiarostami (Le Goût de la Cerise en 1997) et Mike Leigh (Secrets et mensonges en 1996) et des habitués du tapis rouge comme Nikita Mikhalkov, Xavier Beauvois et Apichatpong Weerasethakul, la sélection ne sort guère des sentiers battus. Mais quel est donc ce clan de réalisateurs prisés, primés et garantis de la sélection ? Existe-t-il vraiment ? La rédaction vous fournit quelques éléments de réponse.
Deux palmes, pas de tuba
Si Cannes aime retrouver quelques fétiches, le festival offre très rarement deux fois la récompense suprême au même réalisateur. Le club de ceux qui peuvent nager avec deux Palmes reste un espace très fermé que n’ont atteint, jusqu’à présent, que 5 élus : le grand Francis Ford Coppola, le facétieux Shohei Imamura, le turbulent Emir Kusturica, les frères Dardenne et l’oubliable Bille August. Doubler la mise n’est donc pas forcément évident et si certains ne sont pas passés loin (Lynch, Von Trier), beaucoup s’y sont cassés les dents.
L’être suivi
Car le festival affirme surtout un désir fort : accompagner des réalisateurs dont l’univers, la démarche et les propositions formelles sont en prise avec l’évolution du 7e art. C’est dans ce sens que fût créée la Caméra d’Or du meilleur premier film, en 1978. Les auteurs primés ne passent certes pas toujours en première division (qui se rappelle de Fina Torres, primée pour Oriana en 1985 ?), mais la compétition permet de suivre de nouveaux talents. Jim Jarmusch (Stranger than paradise en 1984) ou Naomi Kawase (Suzaku en 1997) sont là pour en témoigner.
Lot de consolation
Battons maintenant une idée en brèche : cumuler les médailles cannoises n’est pas chose aisée. Certains grands noms (Ingmar Bergman, Clint Eastwood, Pedro Almodovar) n’ont même obtenu qu'un seul lot de consolation. À ce petit jeu, seuls quelques cinéastes ont réussi à obtenir satisfaction. Michael Haneke (une Palme en 2009 mais aussi un grand prix et un prix de la mise en scène), David Lynch (une Palme pour Sailor & Lula et un prix de la mise en scène), Lars Von Trier (Grand Prix, Prix du Jury et Palme) ou Bruno Dumont (deux Grands prix et une mention spéciale de la Caméra d’or) font partie de ceux-là.
Grands prix, grands films ?
Reste une question (la seule qui vaille) si le festival prime de grands auteurs, récompense-t-il pour autant de grands films ? Difficile à dire, dans la mesure où les Palmes sont souvent servies comme un mot d’excuse pour être passé à côté d’une œuvre (Dancer in the dark est, par exemple, loin d’être le meilleur Von Trier, tout comme Sailor & Lula pour Lynch). Et ce sera le sujet d’un autre dossier de la rédaction.
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