
Un prince en exil
On dit des grands cinéastes qu'ils passent toute leur vie à refaire le même film. Tony Gatlif est de ceux-là : né en Algérie d'un père kabyle et d'une mère gitane, le réalisateur dilue le même thème de l'exil depuis plus de trente ans.
Soit une œuvre prégnante qui s'attache à dépeindre ce que l'on appelle communément "les gens du voyage". Tony Gatlif a 27 ans lorsqu'il réalise son premier film, intitulé La Tête en ruine (1975). Derrière lui, c'est un passé en vrac, consolidé après une rencontre avec Michel Simon en 1966, qu'il abandonne pour s'adonner à l'art dramatique. Il faudra attendre 1982 et Les Princes pour que l'on remarque ce drôle d'énergumène qui tourne avec un Gérard Darmon encore jeune.
L'issue et la traversée
Des personnages déracinés à ceux en quête d'identité, le voyage sous toutes ses formes demeure toujours au rendez-vous : peu importe l'issue, c'est la traversée qui compte. Une traversée souvent rudimentaire qui flirte bon l'improvisation et une audace formelle au plus près des protagonistes, les révélant souvent dans des situations d'adversité. Chez le cinéaste, la forme et le fond se confondent souvent pour donner un regard vivifiant, et vivant, sur les hommes. Le cinéma de Gatlif connaîtra alors un élan plus large dès les années 90 : trouvant en Romain Duris le visage dur et juvénile pour construire des récits inspirés (Gadjo Dilo, Je suis né d'une cigogne, Exils), le réalisateur trace différentes trajectoires, sensuelles et fourmillantes, depuis l'Europe de l'Est jusqu'en Algérie pour toucher son public.
Un élan de Liberté
Adoubé en 2005 par le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes pour Exils, passé un peu inaperçu avec Transylvania, Tony Gatlif revient avec Liberté, son premier film historique de grande ampleur, et, surtout, un projet personnel qu'il caresse depuis qu'il fait du cinéma. Traitant de l'Holocauste et de la condition des Roms pendant la Seconde Guerre Mondiale, Tony Gatlif annonce qu'il a voulu donné "une autre image que celle forgée par la peur et la haine et qui a conduit directement aux chambres à gaz les gitans, les manouches et les bohémiens, peuple nomade et libre".
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