
D’où ça vient ?
De très loin. Sans faire d’archéologie esthétique, le polar français puise ses sources dans les romans feuilletons de la fin du XIXème siècle. Louise Feuillade avec Judex, mais surtout Victorien Jasset avec ses Aventures de Nick Carter ont tracé la voie. Dès lors, roman et film policiers interagissent en permanence, s’influençant l’un, l’autre sans discontinuer.
Où ça va ?
Comme aux Etats-Unis, le film policier français est un genre aux contours difficilement identifiables. Son évolution est jalonnée de contacts avec différents genres et courants esthétiques. Du réalisme poétique des Carné/Prévert (Le Jour se lève), aux poses plus sociales prises par un Duvivier (La Tête d’un homme), en passant par la gouaille du duo Audiard/Lautner (Les Tontons flingeurs), le polar est d’abord une base à laquelle on mélange différents ingrédients.
Le héros malgré nous
En France, on s’accommode des policiers, mais on préfère les voyous. Si l’histoire du polar regorge de bandits, elle est avare en Pandore de choix. Hors Maigret et Rouletabille, les flics de haut vol sont rares même si le commissaire Blot composé par Paul Meurisse dans Le Deuxième souffle ou l’inspecteur Antoine porté par Louis Jouvet dans Quai des orfèvres sont de savoureux personnages. Côté voyous on est servi : petits escrocs (Sur mes lèvres), tueurs à gages (Le Samouraï) ou mafieux notoire (Borsalino, L’Immortel), il y en a pour toutes les gâchettes.
Le couple (im)probable
Delon-Belmondo (Borsalino), Gabin-Delon (Le Clan des Siciliens), Depardieu-Auteuil (36 quai des orfèvres)... Le polar français c’est aussi des noms qui brillent en tête d’affiche. Jean Reno et Kad Merad confirment cette donne : véhicule à stars, le film policier doit son prestige à des interprètes poids-lourds dans des rôles pas toujours légers.
Des auteurs, de la hauteur ?
À riche histoire, beau palmarès. Au Clouzot, Duvivier et Becker du premier âge d’or s’ajoutent des esthètes plus audacieux. Premier d’entre eux, Jean-Pierre Melville, cinéaste de l’épure, a donné au genre ses lettres de noblesse (Le Cercle rouge), suivi par Godard (Détective), Truffaut (Tirez sur le pianiste) et Jacques Bral (Extérieur, nuit) qui firent du polar un vrai terrain d’expérimentation. Héritier de cette veine formaliste, Jacques Audiard et le récent Blanc comme neige de Christophe Blanc prolongent aujourd’hui l’aventure.
L’exception qui confirme la règle
Ni drôle, ni social, ni politique mais tout ça à la fois, Claude Chabrol a fait (presque) toute sa carrière dans le genre, traversant les registres avec brio (Le Boucher) mais aussi une certaine inconstance (Les Biches). Entre Hitchcock et Lang, la France a son sous-genre : le polar chabrolien.
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