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Les Histoires du cinéma


par Romain Carlioz, mardi 24 novembre 2009

Les Histoires du cinéma
Western, film de guerre ou simple reconstitution : le cinéma aime jouer avec l'Histoire en la réécrivant ou en réincarnant ses grandes figures (Jeanne d'Arc, Lincoln, etc.). Objet idéologique autant que matière à récit, petit tour de ses visions de l'Histoire à l'occasion de la sortie de Vincere.

"Quand la légende devient réelle, imprimez la légende !", l’injonction lancée par James Stewart à la fin de L’homme qui tua Liberty Valance (John Ford, 1962) synthétise bien le rapport profondément ambivalent qu’entretiennent cinéma et histoire. À la fois soucieux de réalisme et de fidélité, le 7e art n’hésite pourtant pas à basculer du côté de la légende, utilisant à des fins idéologiques figures historiques et évènements marquants de notre passé. De la Jeanne d’Arc quasi christique de Dreyer (La Passion de Jeanne d’Arc) au Mussolini manipulateur de Bellocchio (Vincere), la rédaction passe en revue ces grandes et petites histoires du cinéma.

À l’Ouest, rien de nouveau
Il n’aura pas fallu longtemps au cinéma pour embarquer dans le train de l’Histoire. Dès 1908, pour être précis, L’assassinat du Duc de Guise emprunte au passé monarchique français et donne quelques idées à un américain nommé D.W. Griffith, un des premiers à se lancer dans une écriture très controversée de l’Histoire américaine avec son diptyque Naissance d’une Nation (1915) et Intolérance (1916).

Les Etats-Unis sont d’ailleurs plus que toute autre terre de cinéma, habile dans l’art de mêler événement historique et mystification. Le western comme le film de guerre sont ainsi matière à représenter l’Histoire soit en contribuant à la légende (La Charge de la brigade légère de Curtiz, La Charge fantastique de Walsh), soit en l’assortissant d’un sous-texte moderne (Sergent York de Hawks, situé pendant le premier conflit mondial est censé mobiliser les esprits à l’approche de la seconde, à sa sortie en 1941).

Jeanne dark
Le vertige du passé est également, pour les cinéastes, un bon moyen de laisser libre cours à leurs obsessions et de se livrer à la seule fascination de la figure historique. Ainsi du visage magnétique de Renée Falconetti qui permet à Dreyer de réinventer le gros plan dans La Passion de Jeanne d’Arc (1927) quand Bresson fait de la pucelle une icône de l’absolu de la foi avec son Procès de Jeanne d’Arc (1962).

La Révolution française (filmée au présent par Jean Renoir dans La Marseillaise ou avec emphase par Andrzej Wajda dans Danton) comme la seconde guerre mondiale constitue également des périodes qui excitent la curiosité des cinéastes. Mais le cinéma contemporain semble davantage tourné vers la réflexion autour des tragédies modernes et de la façon de les filmer.

L’œil de Marco
Si Tarantino opte délibérément pour le plaisir de la fiction et de la réinvention par le cinéma dans Inglourious basterds, le russe Sokourov marque par la crudité et l’ascèse du regard qu’il porte sur Hitler (Moloch) ou Hirohito (Le Soleil). Bellocchio, auteur de Vincere, n’en est quant à lui pas à son premier coup d’essai historique. Déjà, dans Bungiorno notte, il filmait avec rigueur et compassion la captivité d’Aldo Moro. Applaudi à Cannes, son opéra futuriste sur les errements du "Duce" devrait en tout cas prolonger ses réflexions.


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