
Difficile, depuis quelques mois, d’évoquer Roman Polanski sans susciter un certain émoi. Les atermoiements judiciaires feraient presque oublier que le petit bonhomme au regard éternellement juvénile et perçant est (aussi) cinéaste. Et non des moindres : son œuvre infuse depuis 40 ans, creusant avec une étonnante homogénéité sa ligne franche entre le film d’angoisse (Repulsion), le thriller (Frantic) et la pochade cinéphile (Bal des vampires). D’ici à là, les mêmes thèmes reviennent avec une troublante insistance. Surtout, Roman semble regarder le monde avec les yeux d’un enfant incrédule qui voit naître l’horreur là où on l’attend le moins. La sortie de The Ghost-writer permet de verser une nouvelle pièce au dossier.
Polanski’s phobie
Tout commence dans un appartement, celui du 9, rue Komorowski, à Cracovie. De l’aveu même du cinéaste, c’est son tout premier souvenir, la première image qui ait impressionné sa rétine. C’est aussi là qu’il passe une grande partie de son enfance, dans un calme paisible d’abord, puis dans l’horreur d’un ghetto juif, la ville devenant une prison à ciel ouvert qui rompt l’harmonie de la famille Liebling (son nom de naissance). Sa mère ne rentre pas des camps ; quant à son père, retrouvé à la fin de la guerre, leur relation ne sera faite que de conflits.
De fait, l’œuvre de Polanski est jalonnée d’espaces clos, l’ambiance claustrophobique des appartements constituant le centre fermé de nombre de ses films comme Rosemary’s baby ou Le Locataire. Le cinéma de Roman est asphyxiant et n’aime rien moins que de se retrouver au cœur d’un espace familier, car c’est justement du quotidien, de l’uniformité des êtres et des choses que naît l’angoisse. Cinéaste de la phobie et de la folie douce, il est également animé d'un sens aigu du grotesque qui perce, par exemple, dans certaines scènes de l’étrange Locataire.
États désunis
Nomade, sa carrière est jalonnée de hasards parfois terribles. Accepté in extremis à l’école de cinéma de Lodz, il réalise un brillant coup d’essai (Le couteau dans l’eau) puis migre vers les pays anglophones, persuadé que seule cette industrie est susceptible d’assouvir son ambition. Il y rencontre l’amour (Sharon Tate), le succès (Bal des vampires, Chinatown) mais aussi un nouveau drame atroce lorsque Sharon, enceinte, croise le chemin du tueur Charles Manson.
La suite est connue, cent fois commentée. Polanski quitte les Etats-Unis, après une affaire de détournement de mineurs qui le poursuit encore. Il revient en Europe et tourne une part plus inégale de son œuvre, alternant d’honorables films de genre (La Neuvième porte) avec des essais ratés (Lunes de fiel). Mais "Romek" est encore capable de coups d’éclats et livre quelques chefs-d’œuvre, du mystérieux Frantic à l’ample Pianiste, Palme d’or en 2002. Précédé d’un élogieuse rumeur et récompensé d’un prix à Berlin, il se pourrait bien que The Ghost-writer suive ce chemin et renvoie, pour un temps, aux oubliettes les fantômes du passé.
Voir tous les dossiers
Ce service est réservé aux membres du Club Cityvox.
Merci de vous connecter en utilisant le formulaire ci-dessous. Si non, inscrivez-vous cliquez ici
En savoir plus sur les artistes Roman PolanskiEvénements à découvrir The Ghost-writerLe Couteau dans l'eauRepulsionBal des vampiresRosemary's baby | ChinatownLe LocataireFranticLunes de fielLa Neuvième porteLe Pianiste |
Vendredi sera dévoilé au jury de la croisette, Cosmopolis de David Cronenberg qui débarque en même temps dans les salles obscures. Un thriller intriguant qui nous rappelle les premières oeuvres du réalisateur. Pour l'occasion, retour sur la carrière de l'incontournable Cronenberg.
Walter Salles qui avait déjà signé les Carnets de voyages du Che, revient cette semaine à ses amours voyageuses en signant l'adaptation du roman culte de Jack Kerouac, Sur la route. L'occasion pour nous de revenir sur les road trips les plus mythiques du 7ème art. Action !
Parmi la sélection cannoise, beaucoup de productions américaines et beaucoup d'adaptations de romans. La plus attendue est très certainement celle de Walter Salles avec Sur la Route adaptée du roman qu'on ne présente plus de Jack Kerouac. Retour sur la genèse du passage d'un roman à l'écran.
Le retour de K et J, c'est cette semaine sur les écrans ! Dix ans après Men in black 2, nos sympathiques agents "très" spéciaux (toujours incarnés par Will Smith et Tommy Lee Jones) reprennent du service et voyagent dans les années 60 ! Retour sur le phénomène MIB.