
Le phénomène confine à l’ironie : généralement privé de films d’horreur tant qu’il n’a pas atteint l’âge limite, l’enfant constitue paradoxalement une des figures les plus prisées du genre. Et autant dire que les parents-cinéastes n’en offrent pas une image très positive, dans la mesure où, depuis les chères têtes blondes du séminal Village des damnés mis en scène par Wolf Rilla en 1960, le bambin du cinéma de terreur est loin d’être un gosse sympa et joueur. Mais d’où peut bien venir cette hantise du jeune ? Éléments de réponse, en quelques films glaçants.
Enfant phare
Tout commence dans les années 60, avec deux classiques du film d’épouvante anglo-saxon. Les Innocents de Jack Clayton (1961) et Le Village des damnés de Wolf Rilla (1960) partagent bien des points communs (noir et blanc contrasté, économie de moyens narratifs, terreur suggestive), notamment une vision particulièrement angoissante des enfants. Blonds, les yeux clairs et soigneusement peignés ils n’en sont pas moins possédés par les fantômes chez Clayton ou fruit d’un phénomène paranormal chez Rilla.
Si Le Village des damnés, dans la tradition de la SF d’après-guerre, évoque plus ou moins implicitement la peur du communisme, il n’en reste pas moins que cette image de l’enfant-monstre, tellement parfait qu’il en devient inquiétant, continue d’irriguer le cinéma fantastique jusqu’à produire un remake en 1995 où "Big" John Carpenter vide le film de son contenu idéologique pour se concentrer sur la description du Mal à l’état pur.
Mal et diction
Le bestiaire enfantin explose au cœur des années 70 avec La Malédiction (1976), où un sympathique Damien, 5 ans, s’avère être rien moins que l’Antéchrist tandis que la brave Linda Blair vomit vert (et sans s’excuser) sur un prêtre dans L’Exorciste (1973). L’enfant est, là encore, le siège d’une possession dont il n’est pas responsable, mais sa vulnérabilité en fait une proie parfaite pour le malin.
Les années 90 renversent considérablement la donne. Outre Le Village des damnés version Carpenter, le cinéma d’horreur s’empare des bambins en les représentant explicitement comme des pervers notoires (voire les savants jeux de massacre de Battle Royale) ou des fantômes revanchards (Ring d’Hideo Nakata en 1997). Le cinéma japonais jouit de ce point de vue d’une influence remarquable et décomplexe totalement les occidentaux qui, avec les récents Unborn et The Children mais surtout la petite Esther, décrivent des gosses dont le plaisir est simple : nous faire du mal, alors qu’on ne leur a rien fait. Après ça, ils peuvent toujours pleurer.
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