
À l’origine il y a un fait divers invraisemblable, l’histoire d’un homme qui a dupé tout son monde. Et au final, le film de Xavier Giannoli continue à diviser, 6 mois après sa projection cannoise.
Plus que partagée, la presse oscille entre la fascination pour ce long-métrage "qui dit le monde mieux que le monde lui-même" (L’Express) et la circonspection face au "moralisme bon marché" du récit (Cahiers du cinéma). En effet, si Giannoli ne manque pas "d’ambition" (Les Inrocks), Libération pointe "l'encre lourde" qui plombe le scénario.
Même scission chez nos cityreporters, tour à tour déçus par "la mise en scène hasardeuse" (harmonie33) et séduits par la "prodigieuse" prestation de Cluzet (corrio). Pour autant, À l’origine réussit à emporter le morceau chez islander, véritablement emballé par "les très beaux plans" du film.
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
L'âpreté de la première partie se dilue dans un bain de bons sentiments et tombe dans un moralisme bon marché : la malhonnêteté exclut et rend triste, la bonté fédère et rend heureux !
Le film tient par les acteurs – François Cluzet et Emmanuelle Devos – et devient de plus en plus passionnant au fur et à mesure que les cartes échappent au spectateur.
Après plusieurs films prometteurs, dont Les Corps impatients (2003) ou Quand je serai chanteur (2006), Xavier Giannoli, confirme qu'il faudra désormais compter avec lui. À l'origine possède toutes les caractéristiques d'un western moderne. Il permet aussi à François Cluzet de composer un personnage fascinant, qui rappelle par moments l'immense Spencer Tracy d'Un homme est passé.
Raccourci, remonté depuis sa projection cannoise, et du coup plus vif, plus émouvant, A l'origine raconte moins l'histoire d'une arnaque que la spirale qui entraîne l'usurpateur dans une sorte de rédemption, via l'alchimie du virtuel au réel. Giannoli fait exister une myriade de personnages "secondaires", qu'il enracine dans leur contexte géographique et social. Stéphanie Sokolinski fait une bien belle irruption dans le cinéma en femme de chambre d'hôtel propulsée comptable, Vincent Rottiers est parfait en voyou avide de réinsertion, Emmanuelle Devos est bouleversante dans le rôle du maire de la commune.
Portrait lyrique d’un mytho hissé au rang de bel utopiste. Par son ampleur de récit, le foisonnement de ses personnages, la teneur à la fois concrète, abstraite et symbolique de son sujet (qui n’est pas forcément celui qu’on croit au début), A l’origine est un film français d’une rare ambition. Et à quelques bémols près (toujours quelques minutes de trop sur la fin malgré les coupes depuis Cannes, musique parfois trop présente), Xavier Giannoli réussi son pari.
Giannoli appartient à un courant classique - Renoir, Ford, Eastwood, Truffaut, pour faire court et bon - qui voit le cinéma comme un miroir de l'existence (pour l'auteur autant que pour le spectateur) et le film comme un morceau d'une mythologie à construire. A l'origine est aussi cela : une histoire qui dit le monde mieux que le monde lui-même.
Ne sachant plus se retenir, la mise en scène de Giannoli se met à ressembler à un son et lumière, et la comparaison inévitable avec le There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson n’est pas à la faveur du Français. Le film tourne une à une les pages d’un scénario écrit à l’encre lourde et se prend les pieds à vouloir racheter ce qu’il pouvait avoir de plus intriguant (le portrait d’un imposteur)...
A l'origine n'est pas seulement l'histoire d'un gigantesque abus de confiance. C'est aussi - surtout - une fable étonnante sur un groupe de gens qui retrouvent un élan collectif, une forme de solidarité perdue.