
Vers Malmö
Dans le Casablanca d'aujourd'hui, deux amis d'enfance, Adil et Karim, vivent d'expédients et de petites combines. L'un emploie des enfants vendeurs de cigarettes au détail, et décide de mettre sa vie sur le droit chemin et d'aider sa famille. L'autre a trouvé la solution miracle à tous ses problèmes : acheter un visa et un contrat de travail pour émigrer vers Malmö, en Suède, ville mythifiée dont il rêve à travers une carte postale.
Il y a parfois des films bourrés de maladresses qui apportent beaucoup plus (intérêt, plaisir, ...) que des films formellement impeccables. C'est le cas de ce second long métrage (le premier n'a jamais été distribué en France) du réalisateur marocain Nour Eddine Lakhmari. Ce dernier, visiblement inspiré à la fois par le cinéma américain et le néo-réalisme italien, nous raconte l'histoire de deux jeunes hommes, amis d'enfance, qui, comme beaucoup de marocains, vivent de petits boulots et de petites combines, tout en rêvant de ce qu'ils pensent être l'Eldorado, l'Europe. Il leur arrive souvent de se "fritter", l'un d'eux ayant davantage la tête sur les épaules, du moins le croit-il ! Mais Lakhmari ne s'intéresse pas qu'à eux : il en profite, par petites touches, pour dresser un portrait amer et désabusé de la société marocaine. C'est parfois un peu lourd, un peu forcé, mais, malgré les 131 minutes que dure le film, on ne s'ennuie jamais et, sans cautionner leurs opinions et leurs actions, on finit par s'attacher à ces pieds nickelés gâchés par un environnement nocif.