
Le dernier film de Bunuel
Dans le train qui le mène à Paris, Mathieu raconte à deux passagers, un magistrat et un nain, l'amour qu'il a éprouvé pour une jeune femme, Conchita, et les milles folies qu'il a faites pour la séduire tandis qu'elle ne s'appliquait qu'à l'humilier.
Les conciliabules par bribes dans le compartiment humanisent un peu le film, beau mélange d'acteurs en conversation sur un long trajet puisque la nuit tombera sur ce wagon bavard (agréable de trouver dans ce film Jacques Debary, ex inspecteur Cabrol des 5 Dernières minutes télé, Carole Bouquet jeunette, la mandibule bien marquée, on reconnaît tout de suite également la belle diction de Michel Piccoli plaquée sur la voix de Fernando Rey)... Une société nageant en plein don juanisme de 1977, des candidats entreprenants comme des sportifs, hélas, parfois poussés à bout : pas du tout de sida encore, Oshima vient de produire en 1976 "L'Empire des Sens" : sexe et transgression emplissent l'air de cette époque jusque dans la bourgeoisie la plus guindée, chaque femme représentant partout l'aventure suprême. Imprégnés de cette bouffée érotique, des attelages comme Angela et "le vieux beau" allongeant ses billets pour un oui pour un non ne manquent pas de sel... Sauf que Bunuel se plaît à attiser les braises en forçant sur le chantage, en droit fil du livre, il en rajoute, ravi de jeter le trouble avec son doublon féminin, quel monstre !
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