
Son royaume pour un livre et une carte postale
Nicolas, 14 ans. Il vit dans une famille d'accueil, en fait un couple de vieux. Il les vole et s'enfuit avec un livre et une carte postale. Le livre, il le lira avec une jeune fille de
rencontre. La carte, elle l'emmènera jusqu'à la mer.
Il vous faudra prendre votre temps pour apprécier ces personnes complètement hors du monde. C'est un peu une élipse que nous présente Le Besco. Deux loosers des temps modernes qui s'enferment dans une caravane seule capable de les protéger de la violence que fait vivre la rencontre avec l'autre. Tout est passé au crible fin : les habitudes, les manies, des odeurs, les phobies, les textures. Chacun tente d'y trouver son compte. Ca fait presque peur et pourtant cela reste poétique, un peu comme les éclairs peuvent paraître magiques.
Tout comme j'avais été sidérée par "Rosetta" de Dardenne, j'ai reçu "Charly" en pleine figure... Bon, cette actrice-réalisatrice balbutie encore derrière la caméra (gouttes d'eau sur sa caméra, est-ce volontaire ?)... Le fait est qu'en découvrant "Charly", je suis tentée de me procurer son oeuvre précédente, "Demi-Tarif". Je trouve que c'est loin d'être n'importe quoi, la demoiselle a un regard bien à elle et dit un tas de choses avec trois fois rien, passant du trivial (l'art d'essuyer la toile cirée) à la poésie (l'eau de mer qui inonde une crique). Ne pas se limiter aux faits, ni à la surface des personnages, ils agacent dans leur expression, d'autant que c'est balancé à la manière d'un reportage de famille, avec ces éléments marins en guise d'interludes. Toutefois, je trouve bien décrit l'univers rétréci des grands-parents, le prof qui tente de faire parler, on ne sait pas grande chose du drame familial, mais on devine l'insuffisance de stimulant, ça émeut... Car c'est en creux qu'on peut éventuellement trouver une résonance ... Tout dépend de ce qu'on ressent à la vue de ces têtards ambulants que sont les adolescents désabusés (dont certains se suicident !) : est-on indifférent, revanchard, négligent, bouleversé ? Est-ce que ça dépend si, assez jeune, on a connu soi-même un passage à vide dans un univers qu'on rêvait plus rose ? Je reste confondue de la sévérité des critiques... Attention, ce n'est pas non plus un film de jeunes pour les jeunes. En témoigne ce portrait de Charly la dure, curieuse singerie de la fée du logis déjà adulte. Et quel dénouement ! Loin de laisser se déliter la situation ou de finir par une pirouette commode, Isild Le Besco entrebâille une porte qu'on aurait juré à jamais fermée...