
Pas toujours à son aise en France, ce grand amoureux du cinéma américain qu’est Bertrand Tavernier a-t-il eu la main moins lourde en franchissant l’Atlantique ? Le verdict est sans appel : pour critiques et internautes, la brume est franchement électrisante.
"Excellent Tavernier" doté d’une "distribution à l’avenant" pour corrio, Dans la brume électrique semble avoir ravi les cityreporters par sa "tension haletante" (daddyby) et sa mise en scène "magistrale" (couloucou). Seul bémol, celui de bono31 qui fustige le "manque total d’action" de ce film "long, très long".
"Heureuse surprise" pour Les Inrocks, le premier long-métrage américain de Tavernier respire une forme d’"intranquillité harmonieuse" qui a séduit Télérama. Pas de doute dans la presse, ce "grand polar" (L’Express), proche du "récit mystique" (Metro) est une réussite. Bertrand a peut-être raison d'aimer l'Amérique.
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
L'image de Bruno de Keyser - qui saisit chaque nuance de paysages paisibles ou inquiétants - et une bande-son cajun transcendent l'intrigue criminelle pour offrir au spectateur une expérience multisensorielle en révélant la face sombre d'une région rongée par la corruption.
Dans la brume électrique se révèle beaucoup mieux que l'estimable série B qu'il semblait vouloir être, grâce à un télescopage quasi miraculeux. [...] La manière dont les séquences hors du temps interfèrent avec le cours du récit, parfois avec la brusquerie d'un naturel déroutant et parfois remontant à la surface de l'écran comme un corps de noyé, est une belle réussite de mise en scène
Le premier film américain de Tavernier, d'après James Lee Burke, est un thriller envoûtant. Au passage de Tommy Lee Jones, magistral de force pensive, cadavres et fantômes remuent dans la lumière bleu-vert des bayous. Le présent et le passé s'enchevêtrent comme la végétation, le mal est informe et insaisissable comme le brouillard, l'âme rouille comme les chaînes. Mais tous les héros ne sont pas morts.
Polar métaphysique dans les bayous d'une Louisiane corrompue. le cinéaste [...] s'empare de l'intrigue de Dans la brume électrique avec les morts confédérés, de James Lee Burke (éd. Rivages noir, 1999), en conjuguant son propre univers et celui de l'un des grands auteurs de thrillers d'aujourd'hui, mariant le cinéma américain et le goût des mots, la saveur d'un murmure littéraire ici assez fiévreux, celui des voix de la conscience de Dave Robicheaux ou des spectres d'événements lointains.
Dans la brume électrique constitue à nos yeux une heureuse surprise. Le déplacement en Louisiane a fait un bien immense au cinéma de Tavernier [...] C’est un film de sensualiste, qui aime prendre son temps, humant les lieux, les couleurs, les odeurs, scrutant les fantômes littéraires, cinématographiques et musicaux de la région.
Tommy Lee Jones (Robicheaux) a les yeux fatigués de celui qui a vu le monde se déliter et Tavernier réussit à tout embrasser en un même film : la bête immonde qui sommeille, la justice perdue dans les marécages, la trace indélébile du temps, la douleur des vies qui dérapent, les petits bonheurs auxquels on s'accroche pour ne pas disparaître complètement. Un polar. Un vrai. Un grand. Ni plus ni moins.
Le résultat, à mi-chemin entre l’enquête policière et le récit mystique, est étonnant [...] l’intrigue du film est moins importante que l’ambiance qui s’en dégage : effrayante mais fascinante.
Sur les raisons (le Vietnam ?) qui ont poussé le shérif à picoler, rien n'est dévoilé. Mais Tavernier fait bien ressentir le voyage immobile que procure l'alcool, ce passé ressassé, entre mémoire et oubli. Attention, ne pas croire que le film est sordide. Même lorsque les fantômes des confédérés s'invitent parmi les vivants, les civilités sont conservées. L'intranquillité y est harmonieuse.