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Titre original : Hei yan quan Taiwan, France, Autriche - 2007 - 1H54 - Genre : Comédie, Musical Tout public Date de sortie : 06/06/2007 Un film de : Tsai Ming-Liang Avec : Chen Shiang-Chyi, Norman Atun, Lee Kang-Sheng Site Officiel |
Il ne veulent pas dormir seuls (nous non plus)
A Kuala Lumpur, un sans-abri, Hsiao Kang, est laissé pour mort par des braqueurs. Il est recueilli dans un bâtiment désaffecté qui abrite des travailleurs bangladeshi. Dans la touffeur humide, sale et suffocante, Kang va devenir l'objet de tous les désirs pour deux personnes frustrées par la vie, homme et femmes qui cherchent à se retrouver.
Voici un dépaysement complet d'environ deux heures sans billet d'avion. Ce cinéaste taïwanais qui a pu rebuter par son torride "La saveur de la pastèque", découragerait à première vue par ce nouveau thème d'un matelas qu'on déménage avec un paumé que tout le monde désire... A mon humble avis, un résumé bien réducteur. D'accord, c'est une forme d'errance où le désir a sa place, mais il y a surtout la volonté désespérée de créer du lien avec l'autre, et la tendresse de ceux qui, écœurés de la vaine compétition, tentent de créer une micro-société hors de la trop systématique délinquance. Toutefois, mieux vaut se situer dans le registre de la libre interprétation (un peu comme avec le nébuleux "Mullholland Drive" de David Lynch)... Ne pas tout comprendre ne gêne pas du tout ! Du fantastique interprétable donc, quoique cette peinture qui est brossée rappelle aussi l'univers impitoyable de "Still Life" d'un autre cinéaste asiatique du moment... Mieux vaut être bien dispos pour entrer dans cet univers où le silence est langage, que les yeux restent ouverts dès le début sur des plans qu'on jurerait paralysés, d'où jaillissent du trivial, et aussi des illusions d'optique assez prodigieuses. Insolite plongeon dans des ruines avec circuit d'eau, l'eau tour à tour limpide ou saumâtre menace et ranime... De petites chansons terre-à-terre dont les paroles saisissantes apparaissent en sous-titres, font remonter le temps... Débarquement de ce papillon qui volette, symbole des enfants sacrifiés, dit-on... Ce n'est pas triste pour autant : tout compte fait, ce matelas où le sommeil redonne des forces, a un côté bastion imprenable qui réjouirait presque !
Difficile à décrire cet univers de "paumés", sans abri, travailleurs émigrés, serveuse... qui réussit à ne jamais être sordide : douceur extrême des gestes du soignant envers le malade ou de la soignante envers le comateux, caresses troubles ou encore scène d'amour rendue cocasse par la fumée qui pollue la ville et oblige à porter des masques... baisers torides perturbés par les quintes de toux... mais aussi les vas et viens du matelas que l'on transporte péniblement et à plusieurs reprises, d'un bout à un aute de la ville. Les dialogues sont presques inexistants mais l'image est porteuse d'une grande poésie... on observe à travers les miroirs comme par exemple la masturbation frénétique du comateux), les fentes du plancher, les reflets dans l'eau. Parfois, même, on à l'impression que c'est le comateux qui regarde, les yeux levés au plafond, vivre les personnages au dessus de lui !
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