
La valse de Vienna
Tenancière d'un saloon, Vienna embauche Johnny Logan comme musicien, un homme qu'elle a connu autrefois.
Très vite, ils vont pourtant devenir la proie de la haine des villageois et de la jeune Emma Small. La fille est en effet jalouse de Vienna et de sa relation avec le héros local, le "dancing kid", qu'elle croit à l'origine de la mort de son frère lors d'une attaque de diligence...
Je l'avais vu il y a longtemps, gardant en mémoire le visage unique, voire impressionnant de Joan Crawford, dans le rôle de l'aventurière, l'étrangère qui fascine : Vienna, tenancière d'un saloon isolé dans la montagne...J'ai retrouvé ce même sentiment à la deuxième vision, la même impression de tension extrême, y compris dans les scènes plus intimes entre les deux amants : une passion exempte de tout abandon, où la tendresse affleure sans percer vraiment... Un western qui fera date, unique en son genre, où la rivalité entre deux femmes mène le jeu : cette haine viscérale, on la lit sur le visage d'Emma, riche propriétaire qui draine à sa suite les notables du village, et qui n'a de cesse de rendre Vienna responsable de tout, y compris de la mort de son frère ou de l'attaque de la banque... Joan Crawford est impériale, femme forte et indépendante : un film fait pour elle comme l'étaient ceux de Sternberg pour Marlene Dietrich, et une réflexion sur l'amour qui passe par de faux aveux, des questions ou des réponses qui n'en sont pas, illustrée par de superbes dialogues qui ne tombent jamais dans le sentimentalisme... Un film réalisé en True Color, ce procédé tant décrié, mais dont le cinéaste a tiré le meilleur parti, jouant sur le contraste entre le blanc et le noir, comme cette scène presque irréelle dans laquelle on voit Vienna tout en blanc, jouant du piano, seule dans sa "caverne", face à la meute en noir, Emma en tête, le visage déformé par la haine, immobile mais à l'affût...Un western à part , une réalisation unique...
Johnny, surnommé Guitare à cause de l'instrument dont il ne se sépare jamais retrouve Vienna, qu'il aima jadis, une tenancière de saloon qui lui offre un job. Vienna autrefois est très liée à la bande du Dancing Kid, ennemi juré du groupe d'Emma Small (qui elle même est l'ennemi juré de Vienna) qui pense à tort que son frère a été tué par le kid. Le groupe d'Emma vient donc chercher réparation auprès du Kid, qui se cache chez Vienna. La guerre sera ouvertement ouverte... Johnny Guitar (1954) de Nicholas Ray est un véritable western conte de fées. Tout d'abord il est impossible de ne pas voir ce film comme une véritable pantouffle de verre mise au pied de Joan Crawford. Le film entier est gorgé de lyrisme à l'image du thème musical de Victor Young, emprunté d'ailleurs à Granados, qui soutient le ton flamboyant (admirez les couleurs!)du film. Ce western est un rêve, irréel au possible, "la belle et la bête du western" écrira François Truffaut. Il n'y a qu'à voir la scène hallucinante où Vienna joue du piano dans une étonnante robe blanche, éclairée par des chandeliers, et protégée par un révolver. Tout est théâtralisé dans ce film, jusqu'aux lieux. Les personnages évoluent autour de trois points centraux de l'action: le saloon, la ville et le repaire. La montage leur interdit la fuite, et la cascade les rend prisonniers d'un fatal huis-clos tragique. Dans ce conte de fées, les règlements de compte se font aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Ce conte de fées baroque laissera finalement éclater l'amour à la fin, après avoir libéré les personnages de leur passé. Vienna, personnage charismatique tout comme Marlène Dietrich dans L'ange des maudits, western de Fritz Lang, refuse d'entendre un certain air de musique, comme dans Cassablanca, elle refoule son amour pour finalement y succomber de nouveau. Le prince a joué son rôle d'ange gardien, quelque peu materné certes, et a su la charmer.
Rôle dans ce film : Vienna
Rôle dans ce film : Johnny "Guitar" Logan