
Liberté, Egalité, Parité ?
"Je veux que les spectateurs se disputent en sortant de la salle", c'est ce que disait Patric Jean en tournant La domination masculine. Peut-on croire qu'au XXIème siècle, des hommes exigent le retour aux valeurs ancestrales du patriarcat : les femmes à la cuisine et les hommes au pouvoir ? Peut-on imaginer que des jeunes femmes instruites recherchent un "compagnon dominant" ? Que penser d'hommes qui subissent une opération d'allongement du pénis, "comme on achète une grosse voiture" ?
Si ces tendances peuvent de prime abord sembler marginales, le film nous démontre que nos attitudes collent rarement à nos discours. L'illusion de l'égalité cache un abîme d'injustice quotidiennes que nous ne voulons plus voir. Et où vous jouez votre rôle. A travers des séquences drôles, ahurissantes et parfois dramatiques, le film nous oblige à nous positionner sur un terrain où chacun pense détenir une vérité.
La domination masculine jette le trouble à travers le féminisme d'un homme qui se remet en question. Une provocation qui fera grincer des dents...
Les mâles dominent les sociétés, plus facile... le zizi jugé trop court par son propriétaire peut bien être rallongé, Eric Zemmour amalgamer force et violence virile : les rôles dévolus à chacun des sexes seraient prémâchés presque partout (avec des degrés cependant), sauf rare polyandrie tribale dans des coins reculés et abstraction faite "des femmes qui portent la culotte" sans que leur homme en fasse une jaunisse... Le regard, très argumenté canadien, recentre sur une agression de jeunes polytechniciennes montréalaises. Le silence, le peu de protestations qui s'ensuivirent, sont ici interprétés comme signes de machisme : des féministes seraient allées un peu trop loin, faisant craindre pour le matricule des messieurs... Nul doute que la masculinisation renforcée soit un souhait de l'élite dominante. Que les progrès accomplis, parfois en dix ou vingt ans génèrent leur contraire, la technologie évoluant plus vite que les moeurs... Ces créatures de rêve caressant des bolides ont mal aux pieds en talons aiguilles, si ça se trouve, des smicardes à temps partiel : quant aux gamins en costard les prenant par la taille, charmante composante de la société "bling-bling", mais de là à en faire l'aspiration de tous... Un angle de vue, mais qui en appellerait tellement d'autres à partir de la double question féminine : "qu'est-ce-qu'on nous a fait et qu'est-ce-qu'on s'est fait aussi ?" !
Je regrette qu'il n'y ait eu aucun spectateur masculin pour pouvoir échanger des impressions sur ce documentaire qui récapitule les comportements discutables de certains hommes envers leurs semblables, leur moitié, l'autre part d'eux mêmes et donc de l'humanité : les femmes. On rit, on grince des dents on fulmine... Bravo à ce film, a le mérite de re-dire et re-dénoncer les injustices et les exactions qui sont encore commises sur et envers les femmes, si ça pouvait aider à changer les choses !