
Le nouvel opus du britannique Danny Boyle fait parler de lui, et comme tout film qui suscite la curiosité, il divise. Cette cassure est surtout très marquée entre la presse et les internautes.
A ce jour, 12 internautes sur 15 ont mis la note maximale à Slumdog Millionaire : "2h de bonheur" (chriss), "rafraichissant, énergisant, indianisant" (Adrien7514), ou encore "superbe" et "exceptionnel" (seb2612 et guppy64). Certains émettent cependant des réserves : "quelques longueurs" nous dit Dedzu, et Corrio trouve la réalisation "trop racoleuse".
Côté presse, certains partagent un peu l'opinion de ce dernier, notamment Les Cahiers du cinéma, qui regrettent "un découpage nerveux et un mixage sonore agressif", et Libération renchérit avec "le film en fait trop". L'ensemble des critiques reste cependant largement favorable au film et à son "irrépressible et communicative énergie" (Le Monde).
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
Mise sous adrénaline grâce à un découpage nerveux et un mixage sonore agressif, la chronique tiers-modiste obtient sans gêne son droit à un épilogue dansé et au spectacle total, destiné au plus grand nombre. Avalé, la pilule sociale fait l'effet d'une ecstasy.
On est emporté par la fluidité du récit rythmé par de nombreux flash-back. Une plongée étourdissante dans les splendeurs et misères de l'Inde d'aujourd'hui.
C'est dans la vie quotidienne et le cinéma indiens que le film capte son irrépressible et communicative énergie. Servi par la photographie numérique éclatante d'Anthony Dod Mantle, par une bande-son qui mêle le travail de l'un des compositeurs à succès des studios de Mumbai, A. R. Rahman et des titres de pop indienne, Slumdog Millionaire tient son rythme de bout en bout.
On reconnaît les obsessions du cinéaste : l’enfance, la violence, et surtout l’argent. De Millions, où des gamins s’échinent à dépenser un magot tombé du ciel, à Slumdog Millionaire, il n’y a qu’un pas. Sans oublier Petits meurtres entre amis, où des colocs s’étripent pour un tas de fric. Pour faire gober le simplisme du film, dont chaque épisode tragique est subordonné à une question du jeu télé, Boyle s’appuie sur son talent d’illusionniste, filmant en biais, caméra à l’épaule, et colorant les images pittoresques de slums (“taudis”, cf. Slumdog) indiens comme des feux d’artifice. La tornade Danny Boyle, continuateur branché d’Alan Parker, redonne une nouvelle jeunesse au misérabilisme des bas-fonds, vieux genre touristique.
Si le récit pâtit d'un effet mécanique, la forme adoptée par Danny Boyle est, elle, formidable. Animé d'une énergie folle, il a planté sa caméra dans les bas-fonds de Bombay et en a tiré un regard à l'image de cette culture : coloré, rude, frénétique et romantique.
Avec Slumdog Millionaire, Danny Boyle signe, de loin, son meilleur opus. Mis en image par un chef op déchaîné, le film en fait trop, mais il est difficile de résister à la fureur flashante de son récit-kaleidoscope.