
Œuvre hybride naviguant sur les eaux d'un cinéma classique, "presque conformiste" et d'une ambiance "tourmentée et gênante" (Le Monde), Un barrage contre le pacifique ne séduit pas tout le monde. Pour aimer ce film "modeste et hétéroclite" (Télérama), il faut d'abord accepter son "infidélité au magnifique roman de Duras" (Elle), puis son côté bricolé, imparfait, qui "vibre et qui vit" (Les Inrockuptibles).
S'il réussit à "capter remarquablement la nature tropicale", envoûtante, (Le Figaroscope), le film n'apporte "rien de bien nouveau" pour Les Cahiers du Cinéma et L'Express, ennuyé par une histoire qui "s'évapore dans l'air moite du lieu".
Les paysages sont magnifiques et l'histoire poignante, "faite de dureté, de violence et de cynisme" (vivazap). Néanmoins, le film paraît "bien ennuyeux" pour chevreul, "trop académique" (homerjr) et interprété par des acteurs parfois un peu trop distants de leurs personnages.
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
De ces coloriages édifiants, il ressort que la cupidité mène le monde, que le colonialisme c'est mal, [...]. Rien de bien nouveau en somme, et la tristesse de voir l'auteur non seulement du décisif S21 mais de nombreux autres beaux films s'embourber à nouveau quinze ans après les gens de la rizière.
Pour aimer le film, il faut accepter son infidélité au magnifique roman de Marguerite Duras(...). On avait du mal à imaginer Isabelle Huppert en femme vieillie. C’est pourtant elle qui sauve le film, en lui offrant une solitude dense et âpre.
Une adaptation trop académique du roman de Marguerite Duras. Mais le film capte remarquablement la nature tropicale, plus envoûtante que les agissements humains.
C'est une étrange alchimie qui opère au long de ces deux heures. Elle fait d'un cinéma classique, presque conformiste en apparence, un film tourmenté, gênant, passionnant.
Rithy Panh jongle entre ces tendances : tourner sur les lieux où s’est déroulée l’enfance de Duras et l’action de son livre “autobiographique”, mais retrouver aussi une imagerie coloniale (casque, shorts, petit nœud pap pour les hommes) tout en lui gardant un petit air bricolé, pas bien ajusté, costumes tombant mal sur les corps, un peu comme dans la vie, sans ce côté guindé, ripoliné, très SFP qu’ont souvent les téléfilms français (Maupassant vu par…). Du réalisme. Par le fait, on n’est pas très loin – notamment dans les scènes où les personnages fréquentent le café français – du Pialat de Van Gogh. Ça bouge, ce n’est pas parfait, ça vibre donc ça vit.
Et le temps passe. Et Rithy Panh ne trouve jamais le bon rythme ni le bon angle pour traiter cette histoire qui s'évapore dans l'air moite du lieu. Les enjeux dramatiques sont réduits à presque rien, Isabelle Huppert garde la tête haute et joue sans vraiment jouer. Et le temps passe
Le réalisateur cambodgien Rithy Panh, dont les principaux faits d'armes sont documentaires (S21, la machine de mort khmère rouge a fait date), signe en effet un film modeste, hétéroclite, très peu industriel, justement. Pas d'exotisme clinquant, de grand spectacle ni même de suspense, alors que le récit s'y prête : le barrage du titre a été voulu dans les années 30 par la mère de Duras, une institutrice veuve, pour tenter de protéger les rizières régulièrement inondées par l'océan que l'administration coloniale lui avait vendues sans scrupules. Une entreprise utopique, dérisoire, tragique.