
La question est sur toutes les lèvres : Dussolier est-il convaincant en Staline à moustache ? À en croire presse et internautes, la moustache ne fait pas le rôle et cette Exécution ordinaire peine à séduire.
"Il manque quelque chose d’indéfinissable" au film de Marc Dugain, selon AKAYAZ. Cet avis reflète d’ailleurs à lui seul les doutes des internautes, tantôt séduits par des acteurs "épatants" (nauthomm) ou un "aspect visuel maîtrisé" (lanotte), et tantôt agacés par ce récit manquant de "style" et rongé par "l’ennui" (corrio).
Tiraillée elle-aussi, la critique hésite entre du "mauvais théâtre" (Le Monde) et une mécanique "savamment orchestrée" (Le Figaroscope) pour qualifier ce premier long-métrage. Symbole de ce doute, l’Express qui, s’il loue la distribution "magnifique" du film, fustige en même temps des dialogues "très mauvais".
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
Marc Dugain adapte brillamment son roman, Une exécution ordinaire, ne retenant que les pages évoquant le face-à-face entre Staline et Anna. Paupière tombante mais œil aux aguets, démarche lourde mais verbe alerte qui cajole et assassine, André Dussollier a trouvé le rôle de sa vie. Dans les griffes du dictateur, Marina Hands tétanisée et fascinée, est d'une justesse impeccable. Marc Dugain dénonce avec intelligence et subtilité la mécanique de la terreur savamment orchestrée par le "petit père des peuples", monstre de perversité, de cruauté, de manipulation.
Le film bute, hélas, sur deux écueils qui lui sont fatals. Le premier tient à l'approche intimiste et psychologique du dictateur, avec ce côté Staline-par-le petit-bout-de-la lorgnette qui ne prend pas la mesure de la tragédie totalitaire. Ces choix ont pour conséquence regrettable de substituer la scène de l'Histoire à celle d'un mauvais théâtre.
C'est un beau face-à-face imaginé par le romancier Marc Dugain que celui qui oppose un Staline souffrant à une jeune médecin convoquée pour le soigner [...]. C'est également un beau duel d'acteurs, entre Marina Hands, magnifique, à la fois retenue et volontaire, et André Dussollier, matou effrayant dans la peau du dictateur. [...] Problème : ces personnages ne sont que des prétextes et le dialogue qu'ils ont à dire est très mauvais.
Douceur et perversité, intelligence aiguë et folie froide, ce Staline est aux antipodes des portraits volontiers caricaturaux des dictateurs au cinéma. Il n'en est que plus terrifiant. Comme le film.