Le film Les Choses de la vie (1970) est le véritable point de départ de la carrière de Claude Sautet et en même temps le début d’une longue coopération avec Romy Schneider. L'univers de l'œuvre à venir y est déjà totalement présent : avec ses obsessions sur la précarité du bonheur et la fragilité de l'être humain guetté par l'âge et la mort, avec ses personnages emblématiques d'une classe moyenne jouissant d'une relative aisance matérielle, mais menacés par le chômage et la perte d'identité, avec son style enfin, qui oscille entre l'émotion et la pudeur des sentiments. Le succès des Choses de la vie sera amplifié par ceux de Max et les ferrailleurs (1971), César et Rosalie (1972), Vincent, François, Paul et les autres (1974), Mado (1976), Une histoire simple (1978). Dans tous ces films le cinéaste se révèle être le témoin sensible et lucide de la société française contemporaine, sensibilité exaltée par le jeu et la force de Romy Schneider. Dans les films qui suivent, la mélancolie et le doute s'accentuent jusqu'à ruiner la façade conviviale et flatteuse de cette société : Un mauvais fils (1980) et Quelques jours avec moi (1988) ajoutent la drogue et la folie à l'arsenal des menaces qui pèsent sur l'homme d'aujourd'hui ; Un cœur en hiver (1992) et Nelly et M. Arnaud (1995) décrivent, avec des accents bouleversants, les ravages de l'incommunicabilité dans un monde froid, où solitude et exclusion, ne seraient-ce qu'affectives, sont devenues la norme. En somme, depuis 1988 (Quelques jours avec moi), Claude Sautet évolue vers un cinéma plus mystérieux, troublé, travaillant les rapports entre les êtres avec une émotion finement contrôlée. Ses derniers films lui permettent d’accéder au sommet de son classicisme, et de son œuvre tout simplement.
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