
Gainsbourg revu par le dessinateur poète Joann Sfar, de quoi faire rêver, ou du moins intriguer! Pour le Figaroscope, "l'irrévérence et la liberté" avec lesquelles Sfar "fantasme le mythe" (L'Express) en fait l'un des films "les plus audacieux de ce début d'année". Sfar ravit, lorsqu'il insiste sur l'enfance et la carrière "ratée" du peintre, lorsqu'il les saupoudre de sa culture "cartoon" (Libération), dessinant un conte "léger-lourd" (Les Inrockuptibles), à l'image de l'artiste.
Il ennuie plus lorsque il affiche un catalogue de "têtes reconnues" (Les Cahiers du Cinéma), ou quand il traite des dernières années, "perdant la cohérence de ses débuts" (Le Monde).
Pour la majorité du public, c'est une œuvre émouvante qui fleure bon le "parfum de la liberté (de création)" (jakimo). Le mélange "réalité et imaginaire" (LadyRem) a charmé autant que les acteurs "époustouflant de vérité" (tina 75).
Mais les intrusions fantastiques déroutent certains puristes du biopic, et "l'émotion se fait parfois prier" (papimauf), donnant un résultat "conventionnel et superficiel" pour lanotte. Un petit goût d'inachevé en somme. Finalement, Joann Sfar "a-t-il été suffisamment fou ?" (Télérama)
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
La réappropriation par le dessinateur Joann Sfar du destin gainsbourien laissait naitre de beaux espoirs [...]. Autant dire tout de suite que [ceux-ci] ne [sont] que très partiellement satisfait[s] à la découverte du film qui ne sort pas franchement des clous, stigmatisant le curieux entre-deux du projet, cette carte blanche intelligemment offerte à un dessinateur pour ses débuts au cinéma mais constamment rabotée par la succession de têtes reconnues.
Le défi était grand. Comment Joann Sfar, boulimique auteur de BD, pouvait-il réaliser son premier film et franchir le cap des images arrêtées pour celles en mouvement ? Au final, c'est l'un des films français les plus audacieux de ce début d'année [...] ce "biopic" poétique s'attaque au mythe Gainsbourg avec irrévérence et liberté. Éric Elmosnino ressuscite l'artiste avec brio, tandis que Lætitia Casta incarne une Brigitte Bardot plus sensuelle que jamais.
En tenant fermement la réalité à distance, Joann Sfar peut peindre le Gainsbourg qu'il aime, celui dans lequel il se reconnaît. L'audace [...] du réalisme et des effets spéciaux fait plaisir à voir. Surtout parce que ces transgressions sonnent juste. Hélas, le temps qui passe semble avoir pesé sur les épaules de Joann Sfar et les vingt dernières années de la vie du chanteur sont moins bien traitées que sa jeunesse. Le film perd la cohérence de ses débuts, qui faisait que le portrait imaginaire de Gainsbourg donnait la sensation de connaître l'homme qui se cachait aussi volontiers derrière Couleur café que Nazi Rock.
Une réussite totale. Tout en faisant valoir un point de vue fort sur le mythe, Joann Sfar signe une capiteuse comédie musicale. Gainsbourg (vie héroïque) est une belle réussite, à la fois fidèle à ce que fut notre fumeur de havanes national, et totalement sfarien. Un biopic ultrapersonnel, élégant et pétillant, ludique et grave, mêlant acteurs et dessins, anecdotes réelles et fantasmes, un film lourd-léger comme l’était Gainsbourg, ce chanteur-séducteur-provocateur qui grandit dans le cocon empoisonné de Vichy, du nazisme et de l’antisémitisme. Un biopic qui n’a rien des habituels produits carénés du genre mais qui évoque plutôt le champagne d’un musical hollywoodien, l’élégance allègre et parfois sombre d’un Minnelli.
Joann Sfar n'en fait qu'à sa tête et qu'à son œil, et cela se voit. Plutôt que de raconter sagement Serge Gainsbourg par le menu, il fantasme le mythe, mélange vérités et illusions, transcende la réalité pour mieux souligner les ambitions et les angoisses d'un être exceptionnel. [...] L'exemple parfait du vrai bon film français.
Sfar a une idée précise et inattendue du cas Gainsbourg : l’enfant juif et le peintre insatisfait, sinon raté, l’intéressent plus que le chanteur. Et puis il ya son côté cartoon, haine du naturalisme et désir de tenter en France une formule à la Tim Burton (ou Fellini, qu’il vénère). On peut se réjouir de ce geste sacrilège : c’est le moment où Sfar cinéaste rejoint entièrement la part la plus intéressante du Sfar dessinateur. Mais dès qu’il doit représenter une image intouchable, Sfar s’ennuie et le film n’a plus grand-chose à faire sinon jouer à la photocopieuse couleur.
Alors que ce que l'on aime, dans cette biographie qui n'est pas un « biopic » à l'américaine, c'est, précisément, la réunion, à travers le temps, d'un fan éperdu et de son idole. La rencontre de leurs deux imaginaires. Et leur déraison.
Seulement, comme le chantait Gainsbourg : « Pour être à vous/Faut être à moi/tié fou »... Joann Sfar l'a-t-il été suffisamment ?