
Tokyo, 1936. La serveuse Abe Sada devient la maîtresse de son patron, Kichizo. Leur relation se transforme en une sorte de rituel érotique et morbide où aucun des deux n'arrive à satisfaire sa soif de possession. Cette passion s'achèvera tragiquement pour Kichizo.
Je n'avais jamais vu ce film, juste entendu parler puisqu'il avait fait scandale à l'époque, mais j'étais très jeune...Je suis encore très partagée : j'ai envie de dire que c'est un beau film, esthétiquement parlant, des images superbes, mais en même temps j'ai du mal avec des scènes où l'amour physique atteint un tel paroxysme que le plaisir se confond avec la souffrance, laquelle mène inévitablement à la mort.Le personnage féminin, inspiré directement de Abe Sada, cette geisha devenue servante, qui , sous l'empire d'une passion charnelle incontrôlable avait émasculé son amant, m'a fait penser à ces mantes religieuses qui dévorent le mâle après l'amour : peut-on sortir indemne d'une telle passion ? Jusqu'où peut aller la possession exclusive de l'autre? On comprend qu'à l'époque, le film ait été taxé de pornographique, et sans doute l'est-il malgré sa beauté et son côté tragique...Bataille disait :"De l'érotisme,il est possible de dire qu'il est l'approbation de la vie jusque dans la mort". Un film qui m'impressionne encore, même à notre époque...
Tokyo, 1936, Sada (ça ne vous rappelle pas un certain Sade ?) aime passionnément Kichizo. Ils feront de plus en plus l’amour jusqu’à atteindre un absolu dans la mort. Un grand film censuré lors de sa sortie, et pour lequel Nagisa Oshima fut poursuivi, à une époque, les années 70, où pourtant on assistait à une libération des mœurs. Pourquoi ce choc ? Parce que ce film montrait des scènes sexuels sans détours, sans nous épargner d’une certaine crudité. Il est donc utile de prévenir les âmes sensibles, que de nombreuses images à caractère pornographique peuvent choquer. Si au contraire, vous souhaitez voir ce film dans un but de voyeurisme, je pense que l’histoire vous fera vite oublier, ou disons plus justement sublimera (intellectuellement) vos bas instincts, car les gros plans ne sont pas excitants, mais plutôt glaçants ! (gardez en mémoire deux images du films, celle du grand-père qui n’arrive plus à bander, au début du film, et qui est un véritable clochard, et celle de la vieille geisha qui fait sous elle lorsque Kichizo lui fait l’amour sur l’ordre de Sada. Soit deux images de la sexualité qui renvoie à la décrépitude…) De toute manière, ce film nous renvoie tous à nos désirs sexuels, c’est incontournable, que l’on soit à l’aise ou non. Un film qui mêle fascination et désordre chez tout spectateur, parce qu’il est difficile d’expliquer l’aspect sulfureux du film. Et pourtant, aucune obscénité, aucun mauvais goût dans cette œuvre si particulière. Ce qui gêne, c’est cette obsession du sexe, cette passion dévorante qu’on a peine à imaginer si destructrice. Le sexe n’est que le porte parole métaphysique des personnages. Plus ils font l’amour, plus ils se rapprochent d’une certaine transcendance. Point de romance sirupeuse, juste des corps à l’état brut qui s’unissent et se désunissent jusqu’à atteindre un point morbide, mystérieux et finalement mystique.
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