
D'après une histoire vraie
"Au début, je n'y ai pas cru. Je pensais que les autres ne me voyaient pas parce qu'ils ne faisaient pas attention à moi, parce qu'ils ne me trouvaient pas intéressante, parce qu'au fond, j'étais nulle. C'est après que j'ai compris que, par moment, je devenais vraiment invisible. J'étais là et on me voyait plus! Quelque chose qui n'arrive jamais était en train de m'arriver, à moi. Au lieu de me réjouir, cela m'accablait."
Partant d'une idée vraiment intéressante le film déçoit aussi bien sur la forme que sur le fond mais reste tout de même une œuvre enrichissante et suffisamment divertissante pour contenter chacun. Tout d'abord le concept séduira forcément les psychologues en herbe et autres adeptes du développement personnel universel et cosmique de l'ultime vérité vraie. […] Bon nombre de spectateurs devraient d'ailleurs s'identifier à ce personnage manquant de confiance en soi et éprouvant de la difficulté à s'affirmer notamment. D'ailleurs elle n'est pas sans rappeler la protagoniste de Being Erica sauf que l'interprétation de Julie Depardieu est loin d'être aussi convaincante que celle d'Erin Karpluk. Tout d'abord le profil du personnage est brossé de manière bien légère. On ne sait pratiquement rien sur elle et il est donc d'autant plus difficile d'avoir de la compassion face aux épreuves qu'elle traverse. Certains comportements en deviennent même pathétiques et la performance trop moyenne et parfois grotesque de l'actrice rend Lili moins crédible. Certains clichés politiquement corrects et dialogues niais viennent d'ailleurs aussi noircir le tableau. Cependant Lili reste un personnage suffisamment attachant et varié pour que tout le monde s'y retrouve un minimum. Autrement le reste du casting déçoit assez et le talent de Charlotte Rampling fait véritablement figure d'ovni. On apprécie aussi Micheline Dax en veilleuse grand-maternelle et une référence à la mythologie grecque. Après je pense que le problème vient avant tout des choix de la scénariste principale et réalisatrice, Agathe Teyssier. Son approche est similaire à celle du film Cashback, à savoir que le fond est habillé de comédie. Le film aurait donc pu être un excellent court-métrage mais les gags à répétition laissent un arrière-goût d'American Pie trop sucré. Je pense qu'une approche plus réaliste, noire et décadente à la The Machinist, avec un Christian Bale pratiquement invisible en Trevor Reznik, aurait vraiment donné une autre dimension au film. D'ailleurs ce personnage dénonce à quel point une des rencontres de Lili aurait mérité à être développée car cela aurait permis d'insuffler une dimension plus complémentaire au film. De plus son ambiance glauque et son visuel monochromatique Fincheresque dénonce à quel point il lui manque une identité visuelle. Certes quelques références à la bande dessinée ont leur place mais ce sont plus des miettes et on est loin du compte quand on compare les vignettes à celles d'un Unbreakable. Par contre le soin apporté aux costumes reste indéniable et j'ai particulièrement apprécié la métaphore des trois âges de la vie. Pour ce qui est du montage c'est sans doute le plus gros point noir du film. Certaines scènes semblent avoir été mises bout à bout à la hâte à partir d'un storyboard décousu. Difficile d'enfiler son collant et de se sauver dans ce cas. Cela rend d'ailleurs les incursions dans le fantastique bien trop maladroites et on regrette la finesse de celles du film Le Magnifique. Après en marge de ce brouillon reste quand même quelques perles. On pense par exemple aux scènes avec les enfants et tout particulièrement à la petite fille, véritable maillon d'une chaîne intergénérationnelle. C'est d'ailleurs sans doute grâce à elle qu'on établit un semblant de lien empathique avec le personnage principal. L'entretien avec un certain Wilson, plus Robert que Lambert, reste aussi un grand moment de comédie et pensez bien à réviser vos classiques “pop” avant la projection pour en comprendre toute la finesse. On pense aussi à la scène de vaudeville finale qui reste agréable à regarder malgré quelques fausses notes. Enfin même si la métamorphose de l'héroïne n'est pas aussi fascinante que celle d'un Peter Parker il faut bien admettre que le message qu'elle véhicule est plein d'espoir et inspirera inévitablement le spectateur avide de mieux vivre sa vie.
Charmant film inventif et lunaire. Julie Depardieu aussi décalée que pourrait l'être un sélène dans une rave-partie. Penchant entre poésie et fantastique cette histoire nous prend par la main et ne nous lâche pas une seule seconde. La dernière scène entre Jeanne Balibar et Julie Depardieu est croustillante. A ne rater sous aucun prétexte. Les seconds rôles sont excellents. Eternelle Micheline Dax, Eric Naggar en chercheur fatigué, Charlotte Rampling toujours classe ... A ne pas rater !!
Rôle dans ce film : Lili
Rôle dans ce film : Rose