Shohei Imamura

Karayuki san des dames qui vont loin (2011)

Photo dernier film Shohei Imamura
Photo dernier film Shohei Imamura

BIOGRAPHIE

Né à Tokyo, Shohei Imamura est élevé dans un milieu bourgeois qu'il fuit, par défi autant que par goût du risque, pour fréquenter les malfrats et les prostituées du quartier de Shinjuku, haut-lieu du marché noir sous l'occupation américaine. Il en gardera une verve ludique et un profond amour des personnages de femmes fortes, confrontées à la solitude.

Indécis et volage pendant ses études, il tente des études d'agriculture puis d'histoire, mais préfère nettement s'occuper de l'atelier théâtre où il monte et écrit ses propres pièces. Après une vision marquante de L'Ange ivre de Kurosawa, il décide de se lancer dans le cinéma, tente et réussit le concours de la Shochiku. Il est assistant d'Ozu, mais désirux de s'émanciper, il passe en 1954 à la Nikkatsu qui lui offre la possibilité de créer sans trop de contraintes.

Scénariste, il résalise son premier film en 1958. Désirs volés contient en germe les thèmes de prédilection du cinéaste, mais c'est au début des années 60, avec l'éclosion de la Nouvelle vague, qu'il réalise pleinement son ambition de cinéaste. Avec Cochons et cuirassés (1961) puis La Femme insecte, son cinéma s'affine avec une caméra réaliste, ancré dans le présent de son pays, et des personnages de femmes, fortes, volontaristes, véritables réservoirs de désir et de transgression.

Ses différentes figures sont présentes tout au long de son oeuvre, assorti à un regard critique sur l'histoire du Japon (Le Pornographe en 1966, L'Histoire du Japon racontée par une hotesse de bar en 1970), infléchi par une influence des formes documentaires. Redoutable critique de son temps, il s'interroge également à la question de l'homme japonais dans le monde contemporain avec L'Evaporation de l'homme (1967) ou La Vengeance est à moi (1979).

La consacrétion intervient avec La Balade de Narayama en 1983, première palme d'or à Cannes, qui sera suivi d'une autre en 1997 pour L'Anguille. Lui qui était jusqu'à présent éclipsé par Oshima et Kurosawa, obtient enfin le statut qu'il mérite sur la scène internationale.

Dès lors, son cinéma gagne en densité. Questionnant avec frontalité la possibilité de l'humain après le désastre atomique dans Pluie Noire (1987) ou Dr. Akagi (1997), il sait aussi se faire hédoniste ludique lorsqu'il filme la femme-fontaine de De l'eau tiède sous un pont rouge (2001). Respecté hors de ses frontières, il est même convié à réaliser un des segments du film 11'09''01, September 11 en 2002.

Ironie du sort, il meurt le 30 mai 2006 des suites d'un cancer du foie, la maladie que s'évertue à prescrire le Dr. Akagi dans le film éponyme...
Shohei Imamura