
Dans les années trente, Claudette Colbert, d’origine française, est l’interprète idéale des personnages provocants, tel Cléopâtre (Cécil B. DeMille, 1934). Le public ne se trouve donc pas dépaysé de la retrouver dans la peau, sensuelle, d’une riche héritière en fuite, interprétation qui lui value un oscar. Ses larges yeux expressifs, et sa manière de plaisanter étaient parfaits pour ce rôle plein de piquant. La perfection de son jeu, sans cesse renouvelé, donnait un côté naturel aux comédies sophistiquée où elle évoluait bien souvent : She married her boss (Mon mari le patron, Gregory La Cava, 1935), ou bien encore Bluebeard’s eight wife (La huitième femme de Barbe-Bleue, Ernst Lubitsch, 1938). « Claudette Colbert reste par excellence une actrice de comédie, piquante, canaille, élégante, ménageant avec bonheur le chic le plus « continental » dans les situations de slapstick les plus échevelées. » Elle a obtenu son charme en faisant preuve d’intelligence, en se créant un style personnel intemporel, à l’image de sa célèbre frange dégagée. Dans le milieu des années trente, le couple qu’elle forma à l’écran avec Clark Gable, dans New York-Miami, fut perçu comme une vision idéalisée du couple américain : désinvolte, aimable, provoquant, chevaleresque, et peut-être un tout petit peu écervelé. A l’inverse de Katharine Hepburn cataloguée comme « intellectuelle », l’image de Claudette Colbert est celle d’une fille aux formes généreuses, au « jolie minois » masquant une détermination et un esprit vif à l’intelligence cachée derrière une simplicité apparente.