Mario Monicelli

Un héros de notre temps (2015)

Photo dernier film Mario Monicelli
Photo dernier film Mario Monicelli

BIOGRAPHIE

Après des études d’histoire et de philosophie aux universités de Pise puis de Milan, Monicelli s’intéresse très tôt au cinéma. Il collabore à diverses revues littéraires et, en 1935, il tourne en 16 mm un long métrage d’après une pièce de Molnar, I ragazzi della via Pal, ainsi qu’un court métrage, Il cuore rivelatore. Repéré à Venise dans une section réservée aux étudiants par ces oeuvres de jeunesse, il fait ses classes à partir de 1936 comme assistant en travaillant avec des cinéastes comme Machaty –qui vient de triompher à la Mostra avec Extase–, Genina (dont il suit en Libye le tournage de L’Escadron blanc), Camerini, Bonnard, Poggioli…

De 1940 à 1966, il collabore à une quarantaine de scénarios, comédies, mélodrames, films d'aventures, dans lesquels il rode son sens de l’observation et son acidité critique. En 1949, il dirige, en collaboration avec Steno, son premier film, Au diable la célébrité, une comédie à sketches écrite par les deux réalisateurs (Monicelli collaborera toujours aux scénarios de ses films). Il réalise encore sept films avec Steno, dont quatre sont parmi les plus originaux du populaire Totò : Totò cherche un appartement (1949), Gendarmes et Voleurs (1951) –primé à Cannes–, Totò e i re di Roma (1951), Totò e le donne (1952).

En 1953, Monicelli dirige seul son premier film, Totò e Carolina, une satire sur la bonne conscience bourgeoise qui s’attire de nombreuses difficultés avec la censure. Aux yeux du censeur, il était insupportable que des communistes soient les seuls à venir en aide à une jeune fille qui tente de se suicider. Après un mélodrame social adapté d'un roman de Grazia Deledda, Du sang dans le soleil –le seul film dramatique du cinéaste–, il donne à Alberto Sordi un de ses premiers personnages d'antihéros dans Un eroe dei nostri tempi (1955) et participe ainsi au lancement d’une des figures emblématiques du cinéma italien.

Dans un autre registre, il lance aussi Elsa Martinelli dans une comédie sentimentale, Donatella (1956). En 1958, au terme d’un processus de maturation progressive, il tourne un de ses films les plus célèbres, Le Pigeon, écrit avec Age et Scarpelli et Suso Cecchi D’Amico, film pivot de la "comédie à l'italienne", succès mondial et génial mélange de talents comiques anciens (Totò, Memmo Carotenuto) et nouveaux (Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, Renato Salvatori, Tiberio Murgia).

Avec La Grande Guerre (1959), il poursuit dans l’affirmation du genre –un mélange d’humour et de gravité– en composant une fresque démythifiante et polémique sur la Première Guerre mondiale : malgré le ton de comédie, la guerre est vue avec un réalisme cruel qui annonce Les Hommes contre de Francesco Rosi. Après une comédie sentimentale assez insolite avec Anna Magnani et Totò, Larmes de joie (1960), et l'épisode Renzo e Luciana de Boccace 70 (1962), film austère que les distributeurs français retirent du montage lors de son exploitation dans l’hexagone pour ne conserver que les épisodes de Fellini, Visconti et De Sica, il dirige une fresque sociale ambitieuse, Les Camarades (1963), sur les grèves à Turin et leur terrible répression à la fin du XIXème siècle. Le cinéaste donne à Mastroianni un rôle d’agitateur politique à mi-chemin entre le pathétique et le grotesque : lorsque celui-ci invite ses camarades à donner l’assaut à l’usine, il prononce un discours inspiré de la harangue de Marc Antoine dans Jules César de Shakespeare !

Monicelli se moque ensuite avec délectation du "glorieux" Moyen Âge dans L'Armée Brancaleone (1966) et dans sa suite Brancaleone s’en va-t-aux croisades (1970), trouvant en Vittorio Gassman (Brancaleone da Norcia) le support idéal pour une désacralisation des chevaliers et des donzelles, des aventures conquérantes et des expéditions à Jérusalem. Une fois de plus, le cinéaste excelle à cerner la figure de personnages secondaires interprétés de manière jouissive par Gian Maria Volontè, Catherine Spaak, Enrico Maria Salerno, Barbara Steele, Folco Lulli, Adolfo Celi, Stefania Sandrelli , Luigi Proietti, Paolo Villaggio…

Poursuivant une carrière couronnée de succès, Monicelli dirige des films très différents mais toujours marqués par une touche très personnelle. Il passe ainsi d’une farce politique brûlante sur un complot fasciste, Nous voulons les colonels (1973), à une satire de moeurs sur les rapports Nord-Sud et la difficile évolution des relations hommes-femmes, Romances et Confidences (1974), puis à une comédie loufoque devenue un film culte Mes chers amis (1975, deuxième épisode en 1982) dont le succès repose sur une alchimie mystérieuse. Monicelli enchaîne avec un drame intime Caro Michele (1976) tiré du roman homonyme de Natalia Ginzburg, puis, là encore à partir d’un roman, celui de Vincenzo Cerami, il met en scène une tragédie urbaine Un bourgeois tout petit, petit (1977) dans laquelle Alberto Sordi, en bureaucrate vindicatif dont le fils est tué par une balle perdue lors d’un hold-up, donne une interprétation saisissante.

Toujours plein de ressources, le cinéaste enchaîne avec une farce folklorique tournée avec Gérard Depardieu dans le nord de la France et en Belgique, Rosy la Bourrasque (1980) ; un pastiche de film vérité, Chambre d'hôtel (1981), démonstration de transformisme pour Gassman, une comédie-bouffe située dans la Rome pontificale, Le Marquis s'amuse (1982) et une étude douce-amère sur les névroses d'un écrivain Le Mal obscur (1990).

Poursuivant une carrière féconde au moment où beaucoup ont choisi la retraite, il signe encore de nombreux films et téléfilms et parachève provisoirement sa carrière avec Le rose del deserto tourné en Tunisie en 2006 à partir du roman de Mario Tobino, Il deserto della Libia, déjà adapté par Dino Risi en 1985 avec Le Fou de guerre. L’oeuvre bariolée et pleine de facettes de Monicelli, avec l’ironie décapante comme constante, possède une rare cohérence esthétique et idéologique.

À partir de scénarios où voisinent les sujets originaux et les adaptations d’oeuvres littéraires, des scénarios dans lesquels sont souvent intervenus les maîtres de la comédie que sont Age et Scarpelli ou Benvenuti et De Bernardi, Monicelli à donner à un genre longtemps décrier son affirmation définitive, retrouvant les voies de la tradition italienne du divertissement, celles de la commedia dell’arte.

En 2010, Mario Monicelli est hospitalisé à l'hôpital San Giovanni, à Rome, où il est soigné pour un cancer en phase terminale. Il se suicide en se défenestrant de sa chambre le 29 novembre à l'âge de 95 ans.
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