Astor is bornFille fluette et fragile pendant le muet puis femme rude et abîmée par la vie au début du parlant, la carrière cinématographique de Mary Astor semble avoir suivi les mouvements de sa vie. Peu épargnée par les accidents (la mort d'un de ses maris, les scandales à répétition), elle a pourtant bâti une oeuvre cohérente et touchante, obtenant des rôles profonds dans Le Faucon maltais ou Le Chant du Missouri.Née à Quincy, Lucille Lange-Hanke, plus connue sous le nom de
Mary Astor est élevée dans une famille rigoureuse, sous la houlette d'un père professeur d'allemand qui insistepour qu'elle étudie à domicile. Lorsque la petite famille déménage à Chicago, Mary en profite pour envoyer sa photo pour différents concours de beauté où elle remporte un certain succès.
À quize ans, sa beauté complexe et vénéneuse attirent les regards des studios qui l'embauchent immédiatement, sur la foi de quelques beaux clichés parus dans la presse. Après un timide début en 1921, elle collabore avec différents studios (Paramount, Warner, etc.), devenant en peu de temps la compagne à l'écran (et la maitresse à la ville) de John Barrymore.
Si cette période est marquée par quelques brillants succès (Beau Brummel, Dressed to kill), elle est aussi éprouvante moralement : après une rupture houleuse avec Barrymore, elle trouve consolation en 1928 dans les bras de Kenneth Hawks (le frère du cinéaste Howard Hawks) mais son mari se tue, deux ans plus tard dans un accident d'avion, évènement qui la plonge dans une profonde dépression
Elle poursuit pourtant sa carière avec abnégation et, troquant son rôle d'ingénue docile pou le costume de la femme mûre, elle effectue un habile passage au parlant. De
La Belle de Saïgon (1932) au
Prisonnier de Zenda (1937) en passant par
La Baronne de Minuit (1939), elle offre charme et profondeur à des seconds rôles apparemment anodins. En 1941, elle obtient même ses deux grands rôles de femme en pleine crise, fragile et névrosée avec
Le Faucon maltais et surtout
Le grand mensonge, film grâce auquel elle obtient son seul et unique Oscar.
La statuette en poche et malgré les scandales privés, elle ne change pas de ligne de conduite, optant souvent pour des rôles discrets mais d'une rare densité plutôt que d'accumuler les grandes performances lisses. On la voit ainsi, avec parcimonie, chez Minnelli dans
Le Chant du Missouri (1944), Mervin LeRoy (
les Quatre Filles du Dr. March) avant d'offrir à Aldrich une dernière étonnante performance dans le cruel
Chut... Chut, chère Charlotte (1964).
Elle se retire à la suite du tournage pour finir ses jours paisiblement dans sa maison de Woodland Hills, enfin au calme et apaisé. Après cinq ouvrages dont une brillante autobiographie, la petite Mary s'éteint le 25 Septembre 1987.