Un bon petit soldatSubor c'est, pour beaucoup de cinéphiles, l'incarnation de la Nouvelle vague (avec Belmondo et Karina) pour son rôle dans le Petit soldat. C'est aussi une traversée du désert peu commune : après ses succès des années 60 (Quoi de neuf pussycat ?), il restera près de 20 ans sans tourner. C'est enfin une renaissance en militaire dans Beau Travail de Claire Denis. A 60 ans passés, il donne enfin la pleine mesure de son talentMichel Subor fait ses débuts au cinéma aux côtés de
Brigitte Bardot, dans
La bride sur le cou. Son physique de jeune premier au regard clair et son visage mystérieux et impassible en font d'emblée une icône pour la génération de la Nouvelle vague qui le prendra sous son aile. D'abord Truffaut qui lui confie la voix off de
Jules et Jim en 1962, puis Godard, qui lui offre le rôle-titre du dandy cynique du
Petit Soldat.
Particulièrement utilisé dans les années 60-70, il diversifie son jeu en allant voir du côté d'un cinéma de facture plus classique chez André Cayatte (
la Vie Conjugale, 1964) ou même à l'étranger, dans des comédies ludiques et colorées come
Quoi de neuf Pussycat ? de
Clive Donner (1965), ou chez de grands auteurs calassiques (il tourne dans
l'etau, d'Hitchcock en 1969).
Au cours des années 70, le retrait commence pour lui. Il se consacre à la télévision, participant à des séries "la Ligne de démarcation" (1973) et revient au cinéma ponctuellement grâce à Jean-Louis Bertucelli (
L'Imprécateur en 1977) et son compère de la Nouvelle vague, Gérard Blain, qui lui offre un beau rôle de promoteur homosexuel dans
Le rebelle.
Les années 80 marquent pour lui le début d'une très longue traversée du désert, impensable pour un acteur de sa stature. Il attend, patiemment, et revient encore une fois grâce à des réalisateurs dont le style puise des références dans la Nouvelle vague des années 60 (qu'il incarne, à leurs yeux, autant que Belmondo ou Anna Karina). Zulawski l'intègre au casting de
La Fidelité (2000), Garrel l'imagine en démon dans
Sauvage innocence (2001) mais c'est surtout
Claire Denis qui lui donnera l'occasion d'offrir la pleine mesure de son charisme minéral avec
Beau Travail.
Fascinée par ce bloc au regard clair, la cinéaste le retrouve en 2004 pour le rôle titre du vieillard dans
L'Intrus.