Un Carrefour bien négociéInoubliable interprète d'un des pires salauds de l'histoire du cinéma (j'ai nommé Tommy Udo, pervers notoire, dans Carrefour de la mort), Richard Widmark s'est longtemps vu cantonné dans des rôles de petite frape sèche et nerveuse de film noir (Les Forbans de la Nuit). Pourtant cet acteur au regard aiguisé a su tirer son épingle du jeu avec des prestations marquantes chez les plus grands (Ford, Minnelli, Siegel, entre autres).Né à Sunrise, dans le Minnesota,
Richard Widmark grandit à Princeton, suivant son père dans ses déplacements professionnels. Il sort diplômé du Lake Forest College et commence à y enseigner dès le milieu des années 30. C'est là-bas qu'il apprend les bases du métier d'acteur, mais sa carrière débute sur un coup du sort, à New York.
En 1938, il accompagne un des ses amis à une audition pour une pièce radiophonique. Contre toute attente, il est embauché pour "Les Histoires vraies de la tante Jenny". Le succès est au rendez-vous et lui permet d'enchaîner avec différentes pièces, à Broadway comme à la radio, où son jeu nerveux et inquiétant fait merveille.
Ses premiers pas au cinéma font l'effet d'une bombe. Dans
Carrefour de la mort (1947) d'
Henry Hathaway, il interprète Tommy Udo, gangster psychopathe et violent avec une rare intensité, obtenant par là-même un "Golden Globe" et une nomination à l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle.
A la suite de ce beau succès, Widmark se retrouve à l'affiche de nombreux chefs-d'oeuvre du film noir comme
Panique dans la rue d'Elia Kazan (1950),
Les Forbans de la Nuit de Jules Dassin (1950) ou encore
Le Port de la Drogue de Samuel Fuller (1952). Revers de la médaille, il est cantonné dans des rôles de "bad guy" pas toujours reluisant.
Au coeur des années 50, Widmark s'illustre dans le western (
La Lance brisée) et tout particulièrement chez
John Ford (
Les Deux cavaliers,
La Conquête de l'Ouest,
Les Cheyennes). Plus rare sur grand écran à partir des années 60-70, Widmark obtient tout de même quelques beaux rôles qui font honneur à son talent brut comme
Jugement à Nuremberg (1961), le polar de Don Siegel
Police sur la ville (qu'il reprend à la télévision) ou encore
La Théorie des dominos (1977) où il donne la réplique à
Gene Hackman.
Egalement producteur, il fait quelques apparitions de prestige à partir des années 80, puis se retire au début des années 90. Fatigué par une longue maladie,
Richard Widmark s'éteint dans sa maison du Connecticut, le 24 Mars 2008.