
Deux ans pile après l’accueil unanimement bon du Dark knight, Christopher Nolan nous rejoue le coup du blockbuster intelligent avec son Inception aux allures de rêve éveillé. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que les avis sont partagés.
Nos cityreporters ont ainsi du mal à trancher. "Trop alambiqué" pour certains (danyrock), Inception est "sensationnel" pour d’autres (vertigo18). Point fort tout de même, une réalisation "sans faille" (Adigallia) et la distribution à l’avenant. De là à parler d’"Inceptionnel", il n’y a qu’un pas, franchi par Riton32.
Même bagarre côté presse, où Télérama crie au "freudisme simplet" et à "la fausse bonne idée", quand L’Express loue "l’esthétique impressionnante" du film. Finalement, le juste milieu est peut-être saisi par Libération, qui hésite entre "blockbuster balisé" et scènes "époustouflantes". Le mieux, c’est donc de voir par soi-même.
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
L'intrigue n'est pas banale, un brin complexe, mais l'habileté de Christopher Nolan est de la rendre fluide et de surfer sur les genres, science-fiction, suspense, action et drame sentimental. Pas de limites dans cette dramaturgie mais une "perpétuelle balade en pleine zone interdite", chère au père du surréalisme, André Breton. Dans son rôle de "braqueur de rêves" en quête de son passé enfoui, Leonardo DiCaprio joue sur tous les registres - force, fragilité, émotion - et donne chair à ce film hors norme qui, en deux heures trente, tord le cou à la notion d'espace-temps.
Une des grandes qualités du film est de toujours avancer sans jamais tomber dans la scène prétexte ou inutile [...]. D'autant plus remarquable que le scénario est porté par une ambition visuelle et esthétique impressionnante. Il ne faut évidemment pas s'accrocher à une quelconque logique ni s'étonner de ne pas être dans l'empathie constante envers les personnages. Le plaisir, ici, est de se perdre. De vivre, comme chaque fois au cinéma, un rêve éveillé.
Inutile de paniquer, tout le monde est largué mais, dans le film, les personnages édictent doctement les froids principes du scénario comme si tout ça était parfaitement naturel et limpide. On démarre fort sur une dislocation assez époustouflante des traditionnelles scènes d’exposition et on termine en blockbuster plutôt balisé, entre John Woo et James Bond.
Si Inception se veut un thriller à la Philip K. Dick, sur les mondes virtuels, sur la réalité et l'illusion, il tend sans l'égaler vers Matrix, autre film d'action mental, nourri de jeu vidéo, mais beaucoup plus riche, conceptuel et élégant. Si Christopher Nolan ambitionne une plongée en plein cauchemar, le résultat fait pâle figure, pour rester poli, comparé au dernier chef-d'oeuvre du genre, Mulholland Drive, de David Lynch.