
Après un bref passage par le conte (Oliver Twist) Roman Polanski revient à ses premières amours, le thriller inquiétant et manipulateur. Force est de constater que ce Ghost Writer creuse un peu plus le fossé entre la critique (enthousiaste) et le public (mitigé).
Scénario "pas terrible" (chevreul), réalisateur pris "en flagrant délit de faiblesse" (djingo), une poignée d’internautes ont la dent dure pour le dernier Polanski. Car le petit Roman ne cesse de diviser, l’autre moitié des internautes louant la "maîtrise" et la "qualité" (daddyby) de son "travail d’orfèvre" (islander).
Côté presse on est nettement plus unanime sur le thriller "irréprochable" (Le Monde) voire "magnifique" (Les Inrockuptibles) de l’auteur du Pianiste. Difficile de trouver un son dissonant, Télérama étant même sous le charme de ce "régal d’ambiguïté" et "d’ironie trouble". Qui dit mieux ?
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
L'angoisse vient autant de l'atmosphère généralisée de complot que de cette solitude inouïe dans laquelle se meuvent les êtres [...]. Le sentiment de malaise s'origine là, dans cette fausseté des relations aux choses. [...] Et la farce humaniste qui tient lieu de scandale n'est que l'autre facette du mensonge généralisée qui régit le monde.
Un solide suspense dans lequel on retrouve un Polanski proche du style oppressant de Chinatown et de Frantic. Très à l'aise dans les méandres d'une intrigue nébuleuse, adaptée du roman de Robert Harris, et dans laquelle on peut facilement reconnaître Tony Blair. On évolue ici dans un thriller manipulateur avec des personnages doubles, sur fond de relations américano-britanniques tendues. Face à Pierce Brosnan, épatant en menteur dépassé par sa femme (mystérieuse Olivia Williams), Ewan McGregor nous met la peur au ventre.
Voilà un thriller à la mise en scène irréprochable et qui nous embarque dans un suspense parfaitement réglé, avec photos compromettantes, piste révélée par le GPS d'une voiture de location, poursuite sur un ferry, refuge dans un motel miteux. Le meilleur film que nous ait donné Roman Polanski depuis longtemps. Plus réussi que Frantic (1988), qui se situait dans la même mythologie, The Ghost Writer vise avec succès un premier degré qui le fait échapper au décalage du film "à la manière de".
Un film magnifique. Polanski demeure fidèle à son cinéma paranoïaque, à son obsession de l’enfermement et du huis clos. Mais il s’inscrit aussi dans la meilleure veine hitchcockienne et en profite pour régler quelques comptes avec les Etats-Unis. Du premier au dernier plan, The Ghostwriter est un bijou et rejoint illico les meilleurs films de son auteur.
On s'arrêterait à ce divertissement élégant que l'on manquerait pourtant les savoureuses touches "polanskiennes": l'ironie, le héros indifférent à tous, l'apatride persécuté, l'étrangeté des lieux... Ce Ghost Writer se situe en fait à mi-chemin entre la bizarrerie introspective et la récréation raffinée, entre Chinatown (1974) et Le Locataire (1976).
The Ghost Writer, qui a la maîtrise pour sujet et une froideur de métal pour tempérament, est peut-être plus près de la crise de nerfs qu’on ne le croit.
Un régal d'ambiguïté, d'ironie trouble, d'angoisse diffuse. Roman Polanski n'a pas volé l'Ours d'argent (de la mise en scène) que le festival de Berlin vient de lui décerner.