
Acteur étiqueté cinéma d’auteur (Desplechin, les Larrieu, Odoul), Mathieu Amalric signe pourtant avec Tournée son quatrième film en tant que réalisateur. L’occasion de découvrir un auteur qui divise le public mais a d’ores et déjà conquis la critique.
Les spectateurs sont parfois déçus comme clotango qui fustige la "grossièreté et la laideur gratuite" du film. Globalement, la bienveillance est pourtant de mise pour cette Tournée dotée d’une "spontanéité rafraichissante" (islander) et "plutôt revigorante" (diapree) malgré quelques défauts. Un "trésor de sensibilité" en somme (Bonjopue).
Ce dernier avis est partagé par une presse unanimement enthousiaste. "Liberté aérienne" du ton pour Télérama, "classe folle" de la mise en scène pour L’Express, le film allie simplement "beauté" et "maîtrise" (Cahiers du cinéma). En tout cas, Amalric sait déjà faire tourner les têtes.
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
Pour beaucoup d'aspects, Amalric observa des producteurs. [...] Et la beauté principale du film réside dans cette expérience des limites de l'épuisement et de la maîtrise. [...] On pense au tourment de Cocteau : puisque [l]es mystères dépassent Mathieu Amalric, il feint d'en être l'organisateur. C'est la morale acrobatique de son cinéma.
Amalric partage le quotidien de ces artistes avec une classe folle. Comme Bob Fosse, Cassavetes ou Fellini avant lui, il déclare son amour au monde du spec-tacle -aussi chaotique soit-il.
Charnel, le film l'est jusqu'à la pointe grimée des seins. Dans cette ode à la femme jamais machiste, Joachim a beau faire le coq, il est tout petit à côté de ses pétroleuses de tous âges et de toutes mensurations. Comme Cassevetes dans Meurtre d'un bookmaker chinois. Ce n'est pas l'unique référence, tant Tournée (titre derrière lequel on entend aussi « tournage ») ne cesse de déployer tout un imaginaire de cinéma, depuis le mythe du producteur consumant sa vie comme les billets, jusqu'aux créatures felliniennes, opulentes voire corpulentes. Cosmopolite, la fantasmagorie relie Hollywood et l'Europe, mixe l'anglais, le français, l'italien. Semble faire des clins d'oeil à tout le monde - lorsque la folle équipe pépie dans le hall avant de prendre des taxis, on croit reconnaître du Godard. On pense surtout à Jacques Rozier. A sa liberté aérienne, faussement improvisée. Amalric excelle comme lui dans le free style, l'échappée soudaine, à l'instar du dialogue savoureux avec la caissière (divine Aurélia Petit) d'une station-service. « Vous faites quoi dans la vie ? -On s'en fout. -Et là vous allez où ?-Je vais tuer quelqu'un. -Vous avez de la chance. Ça doit faire du bien. »