# Une admiratrice éperdue
Sarah avait collé son visage contre la vitre de la limousine, les yeux écarquillés. Marcus Webb venait de descendre du véhicule, vêtu d'un costume trois-pièces impeccable, ses cheveux bruns brillant sous les projecteurs. Elle aurait donné n'importe quoi pour le toucher, ne serait-ce qu'une seconde.
Elle l'avait suivi jusqu'à sa villa perchée dans les collines de Malibu. Ce n'était pas vraiment du harcèlement, se disait-elle. C'était juste... de la passion. De la dévotion. Quand on aime quelqu'un autant qu'elle aimait Marcus, les règles ordinaires n'avaient plus beaucoup de sens.
La grille d'entrée s'était refermée derrière lui. Sarah attendit quelques minutes, puis elle escalada le muret de pierre qui longeait la propriété. Son cœur battait la chamade. Elle était vraiment en train de faire ça. Elle était vraiment en train de s'introduire chez Marcus Webb.
Une fenêtre du sous-sol était entrouverte. Elle la poussa doucement et se glissa à l'intérieur, atterrissant sur un tapis moelleux. La pièce était plongée dans l'obscurité, mais elle distinguait vaguement des formes. Des étagères. Une table. Elle sortit son téléphone pour éclairer les lieux.
Ce qu'elle vit lui glaça le sang.
Des photos. Des centaines de photos. Tapissant chaque mur du sous-sol. Des femmes. Toutes les mêmes femmes, en fait. Pas exactement les mêmes, mais... similaires. Cheveux longs et noirs. Yeux verts. Peau pâle. Elles avaient toutes ce type de beauté particulier.
Sarah s'approcha d'une des photos. La femme souriait à la caméra, ignorante de ce qui allait suivre. Elle reconnut cette fille. Elle avait disparu il y a deux ans. C'était dans les infos. On l'avait retrouvée trois mois plus tard, morte, dans un ravin.
Une autre photo. Une autre disparition. Une autre mort.
Son estomac se noua. Ses mains tremblaient. Elle continua à regarder, incapable de détourner les yeux, comme hypnotisée par l'horreur du spectacle. Des carnets étaient posés sur la table. Elle en ouvrit un d'une main tremblante.
Des notes. Des dates. Des détails sur chaque femme. Où elle vivait. Quand elle était seule. Comment elle avait réagi. Comment elle avait... comment elle avait fini.
« Non, non, non... » murmura Sarah.
« Eh bien, eh bien, bien. »
Elle se figea. Cette voix. Cette voix qu'elle connaissait par cœur, qu'elle avait écoutée mille fois sur les écrans de cinéma. La voix de Marcus Webb.
Il se tenait en haut de l'escalier, silhouetté contre la lumière du rez-de-chaussée. Ses traits étaient impossibles à discerner, mais elle sentait son sourire. Ce sourire qu'elle avait toujours trouvé si charmant. Si magnétique.
« Tu dois être l'une de mes admiratices », dit-il en descendant lentement les marches. « Je reconnais ce regard. C'est celui que j'adore. »
Sarah recula, cherchant désespérément une sortie.
« Je suis désolée, je... je vais partir. Je ne dirai rien, je te le promets. »
Il rit. Un rire doux, presque affectueux.
« Oh, ma chère, tu ne comprends pas. Tu as déjà vu trop de choses. Et puis... » Il s'arrêta à quelques mètres d'elle, et enfin elle put voir son visage. Le même visage qu'elle avait adoré sur les affiches de cinéma. Mais ses yeux... ses yeux n'avaient aucune chaleur. Aucune humanité. « Tu as exactement le type que j'aime. »
Sarah se tourna et courut vers la fenêtre. Elle avait presque atteint le rebord quand elle sentit une main la saisir par les cheveux. Elle cria, se débattit, mais il était plus fort. Tellement plus fort.
« Chut », chuchota-t-il à son oreille. « Ça va aller. Bientôt, tu feras partie de ma collection. Et tu seras immortelle, tu sais. Je penserai à toi chaque jour. »
Sarah aurait voulu crier, appeler à l'aide, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Elle n'avait jamais imaginé que l'amour pouvait être aussi terrifiant. Que l'idole qu'on adorait pouvait être un monstre.
Elle aurait voulu pouvoir revenir en arrière, revenir à ce moment où elle collait son visage contre la vitre de la limousine, pleine d'espoir et d'innocence. Avant de découvrir la vérité.
Avant qu'il ne soit trop tard.