
Après quatre films proches du cinéma expérimental, Gus Van Sant revient à un storytelling plus classique, façon Will Hunting, avec ce biopic autour d’Harvey Milk, premier gay à accéder à de hautes fonctions politiques. Et, que l’on se fie au public ou à la presse, le résultat est parfait.
"Poignant" (islander), "bouleversant" (nauthomm), les cityreporters ne manquent pas de superlatifs pour qualifier ce long-métrage "sobre et remarquable" (dapertutto). Oscarisé pour l’occasion, Sean Penn fait ici aussi l’unanimité, avec une prestation que sensito juge "vibrante de sincérité et de passion".
Côté critique, même unanimisme pour ce Milk "passionnant" (Les Inrocks). Télérama n’hésite d’ailleurs pas à considérer ce film qui "montre sans asséner" comme un des plus "accomplis" du cinéaste. "Courageux, drôle et intelligent" (Libération), que demande le peuple ? Un nouveau film, Gus, vite.
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
La mise en scène de Gus Van Sant se fait discrète pour cerner une galerie de portraits (son amant, son futur meurtrier) ancrée dans une époque en mutation. Reste la performance : Sean Penn, bluffant de mimétisme dans le rôle-titre.
Harvey Milk pourra paraître un recul de Gus van Sant par rapport aux audaces d'une série de films restés sans égal. Mais on ne peut négliger la force d'un geste qui ne se résume pas au traitement nouveau d'un sujet historique et politique, mais tient aussi à la capacité inédite de ses anges de donner à l'affirmation esthétique une efficacité pour tous.
Gus Van Sant ne prend pas position, il se permet juste de raconter les faits – les échecs électoraux ont été nombreux avant que Harvey Milk n’accède à la mairie de San Francisco – et de montrer le courage, l’obstination, la foi en la démocratie d’un citoyen américain. Cette fois, avare de travellings circulaires et de ralentis, il laisse la part belle au fond et non à la forme. A voir absolument.
À partir d'une histoire vraie qui retrace les prémisses du mouvement gay en Californie, Gus Van Sant, un partisan de la cause, évite néanmoins le piège du prosélytisme. Malgré quelques longueurs, il place habilement le débat homosexuel sur le plan des libertés civiques américaines et laisse à son interprète (un Sean Penn oscarisé, plus charmeur que folle perdue) le soin de faire le reste, avec brio.
Gus Van Sant retrace avec grand talent l'épopée politique et intime d'un leader homosexuel de San Francisco. Dès les premières séquences d'Harvey Milk, Sean Penn [...] s'évanouit et se réincarne en Harvey Milk. Gus Van Sant est un cinéaste parfaitement ambivalent, capable du radicalisme formel le plus intransigeant, comme de la soumission la plus totale au langage hollywoodien. Harvey Milk est peut-être le premier film dans lequel il réconcilie les deux versants de son talent, mettant au service du spectacle la maîtrise formelle de ses expérimentations.
Parce qu’avec ce film, le cinéaste se réinvente encore une fois, investit un terrain (le drame social et politique) qui lui était étranger, Harvey Milk est une nouvelle étape passionnante dans le parcours toujours surprenant de Gus Van Sant.(...) Mais on aurait tort de penser que l’œuvre est moins personnelle. Dans cette façon de donner le plus beau plan, le moment de cinéma le plus intime et poétique, au personnage le plus négatif du scénario, de faire de la victime une machine froide et destructrice et de l’assassin un ange de la mort aux ailes atrophiées, le cinéaste prolonge le romantisme morbide et inquiétant de sa précédente tétralogie autour de l’adolescence et la mort. Elle gît là, plus ou moins enfouie dans les replis de la grande saga épique, aussi perceptible néanmoins qu’un cœur qui bat.
Le réalisateur, en abordant la biographie du premier homo déclaré élu à un poste officiel en 1977, à San Francisco, trouve une forme haut de gamme, très épurée malgré l'abondance des péripéties. C'est à cela qu'on reconnaît un grand auteur. Et puis il y a Sean Penn dans le rôle de Harvey Milk. Incroyable Sean Penn. Magnifique Sean Penn, oscar du meilleur acteur. Au jeu si précis et si libre qu'il ne donne jamais l'impression d'interpréter.
C’est non seulement courageux (et drôle) mais intelligent. Le sujet n’est pas tant, d’hier à aujourd’hui, la lutte des gays légitimement en pétard, mais la lutte tout court. Ce pour quoi il faut se battre et continuer de résister. Un film politique et d’actualité, par un cinéaste inspiré.
Les acteurs sont pour beaucoup dans l'enthousiasme turbulent que dépeint et suscite le film. Et avant tout, la manière dont Gus Van Sant les regarde : le cinéaste a toujours manifesté une empathie bienveillante envers ses personnages. On retrouve dans Harvey Milk la tendresse à l'oeuvre dans la plupart de ses films. (...) Montrer sans rien asséner, expliquer sans rien résoudre, c'est tout l'art d'un cinéaste majeur qui signe ici l'un de ses films les plus accessibles et l'un des plus accomplis.