
À un rythme désormais métronomique, les frères Coen approfondissent leur portrait de l’homme américain. Jalon juif de cette exploration, A serious man a conquis la critique mais scinde nettement l’auditoire des cityreporters.
Une fois n’est pas coutume, honneur aux déçus qui sortent, à l’instar de 60tibi, l’artillerie lourde pour dézinguer un film "rasoir à un point inimaginable". De l’autre côté du miroir, TheGrandWazoo a retrouvé avec plaisir les Coen qu’il aime, ceux qui mêlent "virtuosité, originalité" et "humour". Entre les deux, pas de juste milieu : où on trouve ça "intéressant" (islander), ou on quitte la salle.
Plus enthousiaste, la presse loue des Coen "géniaux" (Les Inrocks), auteurs de l’un de leur "plus grand film" (Le Monde). Et si Libération émet quelques bémols, c’est pour mieux vanter le caractère "idéal" de cette "comédie grinçante". Sérieux, donc, mais pas trop.
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
Les Coen signent leur film le plus fort,un film qui nous permet de ressaisir toute leur filmographie. [...] A Serious man est un film kabbalistique parce que le gnosticisme sous toutes ses formes est la religion des artistes.
Les frères Coen se sont replongés dans le milieu juif provincial de leur enfance pour concocter une comédie implosive. Rien de plus ordinaire que ce qui s'y passe, rien de moins spectaculaire. Lubies, frictions, rages de dents, pulsions érotiques, rivalités sournoises. Et, au milieu de tout cela, un homme de bonne volonté, complètement dépassé (Michael Stuhlbarg, parfait). Sa quête existentielle pataude est un régal d'humour et d'humanité, d'une constante justesse d'écriture.
A Serious Man livre ainsi, pour la première fois de manière aussi explicite, une clé essentielle de l'œuvre des frères Coen : sa filiation avec la culture juive américaine. A Serious Man fournit quelques arguments à cette hypothèse, à commencer par le caractère autobiographique du film, situé dans une époque, une région et une sociologie dans lesquelles baigna la jeunesse des frères. Mais c'est aussi bien sa stupéfiante séquence d'ouverture, qui constitue un véritable coup de force dramaturgique : un apologue en noir et blanc, situé en Europe orientale, dialogué en yiddish, et inventé de toutes pièces par les cinéastes, à mi-chemin entre conte traditionnel et film gore. Quitte à renaître en dibbouk persécuteur, pour hanter l'un des plus grands films des frères Coen.
Pas la peine de tortiller, Ethan et Joel Coen sont géniaux. Si l’on peut voir leurs films comme des petits traités philosophiques sur la condition humaine, les Coen ont la politesse de les présenter sous forme de fables désopilantes, noires et grinçantes. A Serious Man ne fait pas exception à la règle et offre au spectateur sa dose de dialogues absurdes, de plans chiadés, de quiproquos scénaristiques, de visages ou de phrases suspendus au-dessus du mystère, de burlesque des corps et des faciès.
Histoire simple, humour absurde, maîtrise formelle, beau film.
Un idéal de comédie grinçante. Le Coen idéal serait au fond celui, plus rare, où ils jouent enfin la partie à deux au lieu de redoubler d’efforts pour faire croire qu’ils sont si proches qu’ils ne forment qu’une seule et même entité. Un film qui articulerait allégrement un imaginaire de spectateur et un imaginaire de cinéaste. De Joel à Ethan. A Serious Man est peut-être ce Coen idéal. Pas forcément leur meilleur film, mais un de ceux où circulent le mieux les deux tendances sœurs.
A ceux qui avoueraient être toujours restés un peu étrangers aux films des frères Coen, au mieux admiratifs ou amusés mais perplexes (on a le droit), il est conseillé de voir A serious man. Car c'est peut-être la pièce manquante et, du coup, maîtresse de l'oeuvre des cinéastes.