
Attendu part de nombreux fans du Seigneur des Anneaux, le retour de Peter Jackson derrière la caméra a divisé de façon singulière le public et la critique. Les premiers semblent plus conquis que mitigé tandis que les seconds ne sont pas tendres du tout. Explications.
"Un sujet grave traité de manière très subtile" : telle serait, selon lucilenal l'expression idéale pour résumer Lovely bones, film qualifié d' "'inclassable" par ridouviou et qui n'a pas laissé les spectateurs indifférents. Si certains fans du réalisateur sont déçus et reprochent un manque de cohérence, ils trouvent aussi des qualités, notamment autour de la "réflexion sur le cheminement du deuil" (Badou95). Un film curieux et intriguant, "plus personnel" (islander) et avec une vraie révélation, nommée Saoirse Ronan (daddyby)
La critique n'est pas aussi ouverte. Si Elle parle de "voyage fantastique", les reproches fusent dans presque toute la presse : malgré une "entreprise périlleuse", L'Express affirme que seule Susan Sarandon "sauve le film de l'ennui". Les Inrocks ajoutent que Jackson semble "incapable de sensibilité", ce qui donne, selon Télérama un film caricatural.
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
Dénoncer son meurtrier depuis l’au-delà, voilà le voyage fantastique auquel nous convie Peter Jackson (« Le Seigneur des anneaux »).
L'aspect réaliste du drame de la perte d'un enfant est réussi. Mais l'imagerie guimauve des scènes vécues par l'héroïne dans les limbes est ridicule. Peter Jackson n'est pas le seigneur de l'au-delà.
La tentation numérique a été plus forte que le désir de vérité, et Peter Jackson a concentré ses efforts sur une entreprise périlleuse : rendre en images l'entre-deux-mondes qu'habite Susie Salmon, l'enfant assassinée, donner une réalité matérielle à l'interaction mystérieuse entre le monde des morts et celui de vivants que l'auteur du roman avait simplement évoquée. La lourdeur et la complexité de la technologie employée se manifeste presque à chaque plan, et le regard est sans cesse sollicité, jusqu'à étouffer toute émotion. C'est Susan Sarandon, en grand-mère alcoolique, qui sauve le film de l'ennui.
Le nabab Peter Jackson se fourvoie avec cette adaptation du best-seller La Nostalgie de l’ange, où une ado assassinée observe d’outre-tombe ses proches et son meurtrier. Jackson, incapable de subtilité, échoue à instiller le moindre mystère ou étincelle de vie à des personnages finalement plus fantomatiques que la narratrice. Son sens visuel de la démesure en effets spéciaux ne compense même pas ici sa banlieue américaine toc : l’au-delà numérique, prétendu surréaliste, tient moins de Dalí que du délit de mauvais goût. Mieux vaut l’enfer que son paradis en forme de pub pour shampooing.
L'histoire est belle et tragique, comme on les aime à Hollywood. Mais, à trop vouloir montrer qu'il sait filmer autre chose que les gros singes, Peter Jackson souligne, surligne et encadre chaque émotion. Une intrigue plus ramassée et un récit plus fluide auraient été utiles à ces "adorables ossements".
Avec Lovely Bones, le réalisateur néo-zélandais escalade les fadaises. Le défi, sinon l’intérêt, que le film propose tient à l’imaginaire développé, au pinceau numérique, pour représenter les limbes à demi fantastiques où erre la jeune fille. Peter Jackson donne le sentiment d’irriguer très distraitement ce champ libre de la forme, sans ligne générale, ni échine poétique, en actionnant de temps à autre la pompe de son petit univers référencé, vaguement surréaliste (de Magritte à Escher) et informé de popculture.
La chronique du deuil familial aurait largement suffi à nourrir Lovely Bones. Mais Jackson a également voulu tâter du thriller. Résultat : les deux sont bâclés, et caricaturaux, à l'image du serial killer, interprété par le pauvre Stanley Tucci.