
Palme d’Or surprise du Festival de Cannes, Oncle Boonmee confirme à la fois qu’Apichatpong Weerasethakul est un cinéaste qui compte et que son cinéma ne laisse pas indifférent. Pour preuve, les réactions antagonistes que son film suscite.
Pour les cityreporters, c’est la soupe à la grimace devant une œuvre "difficile à appréhender" (islander), où on "peine à s’installer" (domi67). Certains, comme corrio, sont même remontés, considérant cette Palme comme "un scandale", "laid et inepte". N’en jetez plus.
Si la critique est plus modérée, elle n’en est pas moins divisée. Une frange incrédule fustige un "empilage de scènes ennuyeux" (L’Express) au "symbolisme obscur" (Le Figaroscope). L’autre, sous le charme, n’a pas de mots pour décrire ce "voyage sensuel et spirituel inouï" (Les Inrocks) qui pourrait bien être "le plus beau film de cinéma sur le cinéma" (Libération). A vous de voir.
Attention : les notes des critiques de presse sont harmonisées selon un barême propre à Cinéfil, attribuant des notes de 1 à 5 étoiles, ceci pour nous permettre de calculer une note moyenne.
Symbolisme obscur, hermétisme assumé, Oncle Boonmee se veut une sorte d'expérience sensorielle qui rappelle de loin en loin les pires films des années 1970. Entre l'apparition d'un gorille atteint de myxomatose et l'orgasme d'une princesse soumise aux assauts d'un poisson-chat entreprenant, on ne sait plus sur quel pied danser. L'ennui s'installe. Ce qui se voudrait une odyssée spirituelle au pays de la réincarnation se métamorphose en un pensum de deux heures dont on se demande à qui il s'adresse.
Un oeil dans l'au-delà des rêves et des incarnations conceptuelles de ce qui hante l'esprit, Apichatpong Weerasethakul reste attentif à ce qui paralyse son paradis thaïlandais : la répression d'un Etat nationaliste qui contrôle, censure, pourchasse les immigrés clandestins et combat les insurgés. Oncle Boonmee incarne une certaine foi en même temps qu'un temps révolu, une Thaïlande de jadis.
Un voyage sensuel et spirituel inouï, couronné d'une judicieuse Palme d'Or.[...]Oncle Boonmee n’est pas destiné à ceux qui n’aiment que le confort du déjà fait, les formules du déjà vu, le cocon rassurant du prémâché, prévendu. C’est un film pour tous ceux qui considèrent encore le cinéma et la création comme une aventure, un voyage sans GPS en terre inconnue.
Une succession (un empilage?) de scènes qui ne dépassent pas le cadre de la monstration [...]. Le problème avec cet Oncle Boonmee, c'est sa tiédeur, cette envie de plaire malgré tout, de ménager le singe et le riz. Si le film est ennuyeux, c'est qu'il gomme toute aspérité. Il se voudrait en lévitation, il est juste plat.
Oncle Boonmee est peut-être le plus beau film de cinéma sur le cinéma ayant jamais remporté une palme. C’est à la fois le film d’un cinéaste interrogeant sa "cinéphilie" et un film qui, chez le spectateur, ne cesse d’interroger le "cinéphile". Au-delà de la trame, il y a l’étoffe dans laquelle Weerasethakul taille son film, ce tissu serré de métaphores, exultées comme autant de râles poétiques, et qui tournent toutes autour de la diablerie du cinéma.
Pour Une scène incroyable montre la reconstitution de sa famille dissoute […] Il est possible que cette scène ait, à elle seule, fait chavirer le coeur du jury présidé par Tim Burton. Elle est d'une simplicité bouleversante, comme en art brut, et, en même temps, d'une sophistication très mystérieuse. […] Dans ce cinéma de démiurge, l'inquiétude est filtrée par l'imaginaire. Toutes les dimensions de la vie - et de la mort - trouvent une place, mais jamais celle qu'on attend. Contre Dans Mulholland Drive, David Lynch brouillait les pistes pour mieux nous hypnotiser : il réussissait à nous faire prendre les rêves d'une morte pour la réalité. Apichatpong Weerasethakul, lui, n'éclate pas l'espace et le temps, il les aplanit, les affadit. […] Pour pouvoir, comme oncle Boonmee, se souvenir, plus tard, de ses vies antérieures ? Décidément, il ne faudrait pas que le talent d'Apichatpong Weerasethakul tourne à la vanité.