# Les premiers jours de Dick Grayson et Jason Todd<br>
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Dick Grayson avait toujours su qui il était. Depuis le moment où Batman l'avait pris sous son aile, orphelin acrobate aux mains vides et au cœur plein de rage, il avait compris sa destinée. Devenir meilleur. Devenir plus fort. Devenir digne du costume qu'on lui confiait.<br>
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Jason Todd, lui, était arrivé plus tard, quand Dick commençait déjà à se voir ailleurs. C'était un gamin des rues, maigre et affamé, avec des yeux qui avaient vu trop de choses. Batman l'avait ramené un soir, couvert de bleus et de cicatrices, et Dick avait senti quelque chose se nouer en lui. Une responsabilité nouvelle. Une culpabilité aussi, peut-être.<br>
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Au début, ils s'étaient testés mutuellement. Dick, l'aîné, protecteur mais distant. Jason, le cadet, toujours à chercher à prouver qu'il avait sa place. Les entraînements dans la cave étaient intenses, parfois rudes. Dick montrait les techniques avec la précision qu'on lui avait inculquée. Jason apprenait avec une férocité qui faisait un peu peur.<br>
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Puis quelque chose avait changé. Un soir, après une patrouille particulièrement difficile, ils s'étaient assis sur le toit du manoir, les jambes pendant dans le vide. Jason avait parlé de sa mère, de la rue, des choses qu'il avait volées pour survivre. Dick avait écouté, vraiment écouté, et il avait compris que ce gamin n'était pas juste un autre apprenti. C'était son frère.<br>
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Pendant deux ans, ils avaient été inséparables. Ils riaient ensemble, se battaient ensemble, se couvraient mutuellement auprès de Batman. Dick enseignait à Jason comment penser comme un détective, comment anticiper les mouvements d'un adversaire. Jason, lui, apportait quelque chose que Dick avait perdu en chemin : la capacité à se laisser aller, à être juste un gamin.<br>
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Mais il y avait des fissures.<br>
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Dick voulait s'en aller. Il en parlait de plus en plus souvent. Blüdhaven l'appelait, une ville qui avait besoin de lui, une chance de construire sa propre légende en dehors de l'ombre de Batman. Il rêvait de son propre costume, son propre nom, son propre chemin. Nightwing. C'était déjà presque décidé.<br>
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Jason, lui, voulait rester. Rester auprès de Batman, approfondir son entraînement, devenir le meilleur Robin possible. Il voyait Dick comme un traître, même s'il ne le disait jamais. Ou presque jamais.<br>
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« Tu nous abandonnes », avait dit Jason un jour, sans le regarder. Ils étaient en train de nettoyer leurs armes après une patrouille.<br>
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« Je ne t'abandonne pas. Je grandis. »<br>
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« C'est la même chose. »<br>
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Dick avait reposé son batarang. « Tu comprends pas. Je suis pas fait pour rester ici à jamais. Je suis pas fait pour être juste le Robin de quelqu'un. »<br>
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« Et moi ? » La voix de Jason était cassée. « Moi, c'est pas grave si je reste ? »<br>
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« C'est pas ce que j'ai dit. »<br>
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« Non, mais c'est ce que tu penses. Tu crois que tu es mieux que ça. Mieux que nous. »<br>
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Dick s'était levé, frustré. « C'est pas juste. »<br>
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« Non, c'est pas juste. Rien de tout ça n'est juste. »<br>
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Les mois qui avaient suivi avaient été difficiles. Dick partait de plus en plus souvent à Blüdhaven. Jason devenait plus agressif, plus impulsif. Batman semblait ne rien remarquer, ou peut-être qu'il le remarquait mais ne savait pas comment arrêter ce qui se déroulait.<br>
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Lors de leur dernière conversation avant le départ de Dick, ils s'étaient retrouvés accidentellement dans la cuisine du manoir, tard le soir. Jason préparait un sandwich, Dick buvait du lait.<br>
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« Je vais revenir », avait dit Dick.<br>
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« Non, tu ne reviendras pas. Pas vraiment. »<br>
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« Jason... »<br>
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« C'est bon. Je comprends. Tu as besoin de plus. Je suis trop petit, trop faible, trop... moi. »<br>
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« C'est pas ça du tout. »<br>
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Mais les mots sonnaient creux, même à ses propres oreilles.<br>
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Jason avait mordu dans son sandwich, les yeux fixés sur le mur. « Quand tu seras parti, je vais devenir meilleur. Je vais être tellement bon que Batman oubliera que tu as jamais existé. »<br>
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Dick avait voulu dire quelque chose, mais il avait vu la détermination dans les yeux de Jason, cette flamme qui brûlait en lui, et il avait compris que son ami – son frère – avait déjà pris sa décision. Il y avait une ligne qui se traçait entre eux, une ligne que Dick franchissait en partant, une ligne que Jason renforçait en restant.<br>
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« Je suis sûr que tu le feras », avait dit Dick, doucement.<br>
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Jason n'avait pas répondu.<br>
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Le jour du départ de Dick, Jason n'était pas là pour le dire au revoir. Batman non plus, d'ailleurs, mais c'était différent. Dick savait que Jason avait délibérément disparu, qu'il s'était arrangé pour être en patrouille, loin du manoir, loin de lui.<br>
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En montant dans la voiture qui le conduirait à Blüdhaven, Dick avait regardé une dernière fois la fenêtre de la chambre de Jason. Elle était vide. Sombre. Et il s'était demandé s'il venait de faire la plus grande erreur de sa vie.<br>
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Ce qu'il ne savait pas, c'est que Jason se tenait dans les ombres de la cave, regardant la voiture partir, les poings serrés si fort que ses ongles s'enfonçaient dans ses paumes.<br>
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« Très bien », avait murmuré Jason. « Je vais te montrer. »<br>
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Et il s'était tourné vers les sacs de frappe, frappant avec une rage nouvelle, celle d'un gamin qu'on avait laissé derrière, d'un gamin qui avait goûté à l'amitié et qu'on lui avait arrachée.<br>
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Dick et Jason avaient chacun choisi leur chemin. Mais les chemins qui divergent ne disparaissent pas. Ils s'éloignent, oui, mais ils laissent des traces, des cicatrices, des questions sans réponse.<br>
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Et quelque part dans le futur, ces chemins se croiseraient à nouveau. Mais ils ne seraient plus jamais les mêmes.