Pianiste, il dut sa première gloire à un exceptionnel don de mélodiste qui l'amena, notamment en collaboration avec son frère Ira Gershwin, à composer quelque 500 "songs" qui tiennent de la mélodie européenne, de l'air d'opérette, de la rengaine anglo-saxonne et du jazz tout en manifestant une personnalité entre toutes reconnaissable malgré un confondant pouvoir de renouvellement. La qualité "classique" de cette production est attestée par le fait que les chansons des frères Gershwin sont toujours au répertoire des chanteurs actuels et que leurs thèmes ont été très largement adoptés par le jazz (I got rhythm, Lady be good, Do it again, Fascinating Rhythm, The man I love, Embraceable you, Someone to watch over me, ...).
Conscient de cette noblesse conférée à la chanson, Gershwin, tout en continuant de produire des shows pour Broadway, évolua vers une forme de musique plus ambitieuse, rejoignant la tradition "classique" : Rhapsodie en bleu (1924), Concerto en "fa" (1925), Un américain à Paris (poème symphonique, 1928), Seconde Rhapsodie (1931), Ouverture cubaine (1932), Variations sur I got rhythm (1934).
Lors de l'avènement du cinéma parlant, Gershwin fut sollicité par Hollywood, mais ne participa de son vivant qu'à trois réalisations : Delicious (1931), Shall we dance (1936-37) et Damsel in distress (1937), avant d'inspirer, à son tour, un très grand nombre de films. Gershwin est demeuré si actuel et reste si profondément symbolique de l'Amérique de l'entre-deux guerre qu'un Woody Allen fait encore appel à sa musique pour évoquer un certain rêve américain (Manhattan, 1978).